Il existe aujourd’hui un fossé grandissant entre ceux qui parlent de la France et ceux qui la vivent. C’est de ce fossé qu’est née ma conviction politique.

Je n’ai pas appris la politique dans les cabinets ministériels ni dans les cénacles parisiens. Je l’ai apprise ailleurs. D’abord dans l’engagement militaire où l’on comprend vite que les mots ont un sens et que les valeurs ne sont pas des slogans. Le respect n’y est pas négociable. Le courage n’y est pas une posture. La fraternité n’y est pas une formule creuse mais une nécessité vitale. À cela s’ajoutent la méritocratie sans laquelle il n’y a ni justice ni confiance et l’humilité, trop souvent absente de ceux qui prétendent diriger sans jamais douter.

Puis il y a eu la réalité du salariat. Les horaires décalés, le travail en 3-8, les fins de mois difficiles. Une vie où chaque euro compte, où chaque décision pèse. Une vie que connaissent des millions de Français, ceux des classes moyennes et modestes que l’on invoque à longueur de discours mais que l’on écoute trop rarement. Ceux que l’on finit, parfois, par mépriser et plus souvent encore par oublier.

Aujourd’hui c’est en tant que chef d’entreprise que je poursuis ce parcours. Et là encore le réel s’impose. Les charges qui s’accumulent, les normes qui étouffent, la solitude face aux responsabilités. Être indépendant en France ce n’est pas être privilégié, c’est tenir chaque jour dans un environnement de plus en plus contraint. C’est faire vivre une activité sans disposer des relais, des protections ou des moyens des grands groupes. C’est, bien souvent, avancer seul.

Ce parcours n’a rien d’exceptionnel. C’est précisément pour cela qu’il dit quelque chose de notre pays. Il dit que la politique s’est, peu à peu, coupée du réel. Qu’elle parle beaucoup mais comprend peu. Qu’elle administre plus qu’elle ne dirige.

C’est pourquoi je défends une certaine idée bonapartiste de la France. Non pas par nostalgie, mais par exigence. Une exigence d’autorité de l’État non pas pour contraindre inutilement mais pour protéger, arbitrer, décider. Une exigence d’indépendance nationale dans un monde où les renoncements se paient toujours. Une exigence de mérite contre les logiques de rente et d’entre-soi. Une exigence, enfin, de responsabilité, celle des gouvernants comme celle des citoyens.

Charles de Gaulle avait compris que l’État devait être à la fois fort et légitime, enraciné dans le peuple et capable de s’élever au-dessus des intérêts particuliers. Napoléon Bonaparte, lui, avait saisi que l’efficacité et l’ordre ne sont pas des ennemis de la justice, mais souvent ses conditions.

Entre l’impuissance publique et la brutalité technocratique, il existe un chemin. Celui d’un État qui assume, qui tranche, qui protège sans étouffer. Celui d’une politique qui ne s’excuse pas d’exister, mais qui se justifie par ses résultats.

S’engager aujourd’hui ce n’est pas ajouter une voix de plus au brouhaha ambiant, c’est tenter de ramener la politique à ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une action au service du réel, au service de la Nation !

« Les seuls édifices qui tiennent sont intérieurs. Les citadelles de l’esprit restent debout plus longtemps que les murailles de pierre. »

Cette phrase de Hélie de Saint Marc ne décrit pas seulement une vérité générale : elle éclaire une fidélité. La mienne.

Car ce qui me lie à une certaine idée de la France n’est ni posture ni nostalgie. Ce n’est pas une architecture visible, offerte au regard des autres, exposée aux jugements rapides. C’est une construction intérieure, patiemment édifiée, nourrie d’histoire, de lectures, de rencontres, d'expériences et d’engagements. Une citadelle intime, forgée à l’ombre des figures du général Charles de Gaulle, de l’empereur Napoléon Bonaparte, de Napoléon III ou bien de personnalités comme Colbert, Persigny, Émile Driant entre autres, où se rejoignent le sens de l’État, la primauté du politique, la souveraineté nationale et l’exigence de grandeur.

Cette fidélité à un esprit que certains pourrait dire gaullo-bonapartiste, que moi je nomme bonapartisme, n’est pas un refuge dans le passé. Elle est une ligne de force. Elle suppose de croire que la France n’est pas une simple addition d’intérêts, mais une volonté, un destin, une continuité. Elle implique aussi de tenir, même lorsque l’époque préfère le mouvement au cap, le commentaire à l’action, l’individu à la nation.

Mais cette citadelle intérieure ne s’est pas bâtie seule. Elle porte des noms, des visages, des voix. Elle porte la mémoire de Thierry Choffat, dont l’engagement, la rigueur intellectuelle et la fidélité à la tradition bonapartiste ont marqué tous ceux qui l’ont connu. Elle porte aussi le souvenir de François Harari et de Jeanne Gioanni, compagnons de route aujourd’hui disparus, mais dont la présence demeure dans cette chaîne invisible qui relie les vivants à ceux qui ont servi avant eux.

Leur disparition n’a pas éteint la flamme ; elle en a renforcé la garde. Être fidèle, ce n’est pas répéter des mots ou figer des idées : c’est prolonger un esprit, continuer une œuvre, porter un héritage sans le trahir. C’est accepter d’être, à son tour, une sentinelle.

Alors oui, certains peuvent voir dans cet attachement une forme d’ego, une rigidité ou une posture. Ils se trompent. Car là où ils croient discerner une affirmation de soi, il n’y a en réalité qu’un effacement au profit de quelque chose de plus grand. Il n’y a pas volonté de paraître, mais devoir de transmettre.

Pas désir de se distinguer, mais nécessité de rester fidèle.

Fidèle à une certaine idée de la France.

Fidèle à ceux qui l’ont servie et pensée avant moi.

Fidèle à cette citadelle intérieure qui, précisément parce qu’elle ne se voit pas, ne cède pas.

Et si ces édifices tiennent, comme l’écrit Saint Marc, c’est peut-être parce qu’ils ne sont pas faits de pierre, mais de mémoire, d’honneur et de volonté.