Protection de l’enfance : l’angle mort de notre République

Publié le 26 mai 2026 à 18:00

Le débat public commence enfin à regarder en face l’effondrement progressif de notre capacité à protéger certains enfants et adolescents les plus vulnérables.

Dans de nombreux foyers de l’Aide Sociale à l’Enfance, les professionnels doivent aujourd’hui gérer des situations d’une violence extrême. Fugues répétées, addictions, prostitution, trafic de stupéfiants, violences sexuelles, agressions physiques, troubles psychiatriques lourds, déscolarisation, emprise des réseaux sociaux et parfois enrôlement dans des formes de délinquance organisées.

Ces jeunes ne sont pas des “monstres”. Ce sont souvent des enfants fracassés très tôt par la violence, les carences affectives, les abus, l’abandon ou les traumatismes répétés. Beaucoup ont grandi dans l’instabilité permanente. Certains ont déjà connu la violence avant même l’adolescence.Le problème est que notre système de protection de l’enfance n’a pas été conçu pour faire face à une telle accumulation de détresse psychique, sociale et criminelle.

Aujourd’hui, des éducateurs épuisés tentent de maintenir un équilibre impossible dans des structures saturées, avec trop peu de moyens humains, trop peu de psychiatres, trop peu de places adaptées et un turn-over incessant. Dans certains établissements, des adolescents extrêmement vulnérables cohabitent avec d’autres déjà profondément ancrés dans la violence, les trafics ou les logiques d’emprise. Cette promiscuité produit parfois des catastrophes.

Le résultat est connu : fugues chroniques, déscolarisation, violences quotidiennes, recrutement par les réseaux criminels, jeunes majeurs livrés à eux-mêmes à 18 ans sans logement, sans soins et sans avenir stable.

Pendant ce temps, les familles vivent souvent les décisions administratives comme opaques et brutales. Les professionnels, eux, travaillent sous tension permanente. Et les pouvoirs publics réagissent trop souvent par des rapports, des commissions ou des déclarations d’intention.

Il est temps d’admettre une réalité simple : la protection de l’enfance est devenue un enjeu majeur de sécurité, de santé mentale et de cohésion sociale.

Nous avons besoin d’un plan national sérieux :

• structures spécialisées sécurisées ;

• renforcement massif de la pédopsychiatrie ;

• lutte contre les réseaux numériques de recrutement ;

• soutien intensif aux familles avant les placements ;

• revalorisation des métiers éducatifs ;

• accompagnement des jeunes jusqu’à 25 ans ;

• séparation des profils les plus violents des jeunes les plus vulnérables.

Une société qui abandonne ses enfants les plus fragiles finit toujours par en payer le prix collectif. Le sujet n’est plus idéologique, il est devenu une urgence humaine et républicaine.