Batteries sodium-ion : la France a les atouts, il faut maintenant la volonté

Publié le 28 avril 2026 à 17:08

"" En Europe, on essaye de mettre des batteries dans les voitures... En Chine, ils essayent de construire des voitures autour des batteries... ""

CATL, le géant chinois des batteries, vient de lever les derniers obstacles techniques à la production de masse de batteries sodium-ion, des voitures électriques au sodium circulent déjà en Chine. La bonne nouvelle, c'est que la France dispose de tout ce qu'il faut pour s'imposer dans cette révolution technologique, les mines, le savoir-faire, les laboratoires. Ce qui lui manque encore, malheureusement, c'est la décision politique.

Notre pays dispose d'un atout exceptionnel que nous dilapidons, les mines de sel gemme de Meurthe-et-Moselle par exemple, produisent environ 1,5 million de tonnes de carbonate de sodium par an. Le sodium est l’un des éléments les plus abondants de la croûte terrestre, à l’inverse du lithium, dont l’approvisionnement reste dépendant de tensions géopolitiques et du contrôle exercé par un nombre limité de pays. Malgré cela, la France investit massivement dans des projets d’extraction de lithium, au prix de risques environnementaux significatifs et d’une acceptabilité sociale faible, pour une technologie dont la pertinence à long terme est de plus en plus remise en question. Alors que le sodium est chez nous, sur notre sol, maîtrisé par nos industries depuis le XIXe siècle.

À cela s'ajoute Tiamat Energy, entreprise issue du CNRS et de l'Université d'Amiens, premier fabricant européen de batteries sodium-ion, dont les cellules se rechargent en cinq minutes. Stellantis a déjà investi dans cette pépite, la technologie est là, la matière première est là, la recherche est là ...

«  Les peuples qui ne produisent pas ce qu'ils consomment sont à la merci de ceux qui les dominent. »  Napoléon Ier

Pourtant, pendant que la France hésite, BYD construit une usine de 30 GWh à Xuzhou. CATL vient de confirmer la résolution de ses quatre derniers verrous industriels. Les premières voitures particulières au sodium sont déjà sur les routes chinoises. L'Europe observe. La France, elle, dispose d'une chaîne d'approvisionnement complète qu'aucun autre pays européen ne possède et elle ne l'utilise pas.

Voilà pourquoi que nous proposons, avec l'Appel au Peuple, cinq leviers d'action immédiate. La doctrine bonapartiste est claire, l'État, le capital et le travail doivent œuvrer ensemble pour l'intérêt national. Ce n'est pas un dirigisme aveugle, c'est une politique de participation au service de la souveraineté. Voici comment l'appliquer concrètement au secteur des batteries sodium-ion.

🐝 Propositions phares

•           Plan national de relocalisation industrielle « Sodium France » Mobiliser un fonds souverain dédié à l'industrialisation à grande échelle de Tiamat Energy et des acteurs de la filière. Objectif : atteindre 10 GWh de capacité nationale d'ici 2028. L'État prend une participation minoritaire, garantit les premières commandes publiques et sécurise les débouchés industriels.

•           Politique publique de R&D stratégique fléchée. Créer un Institut National de la Batterie Sodium, adossé au CNRS et aux universités de Picardie et de Lorraine, avec un budget pluriannuel garanti. La recherche française est notre avantage, il faut la transformer en brevets et en production, pas la laisser s'exporter.

•           Une commande publique motrice. L'État, les collectivités et les opérateurs publics (SNCF, RATP, La Poste, armées) doivent intégrer des batteries sodium-ion dans leurs appels d'offres. La commande publique crée le volume, et le volume crée la compétitivité.

•           Protection contre la concurrence déloyale. Soutenir l'instauration de droits compensateurs européens sur les batteries chinoises bénéficiant de subventions d'État massives. La concurrence loyale, oui. Le dumping organisé, non.

•           Label « Fabrication Souveraine » et fiscalité différenciée. Instaurer un crédit d'impôt spécifique pour toute entreprise intégrant des batteries fabriquées sur le territoire national dans sa chaîne de valeur. Récompenser fiscalement ceux qui choisissent de produire en France.

Le tempo est décisif : chaque mois perdu est un marché cédé ... L'Agence internationale de l'énergie qualifie 2026 d'année charnière pour la montée en échelle du sodium-ion. PatSnap projette la parité de coût avec le lithium dès 2027. Ce moment est une fenêtre, pas une porte ouverte indéfiniment. Quand le sodium-ion sera banalisé à l'échelle mondiale, ce seront les usines existantes qui captureront les marges. Ceux qui n'auront pas construit leurs capacités seront réduits à importer, c'est exactement la situation de dépendance que nous dénonçons pour le lithium aujourd'hui.

La France a toutes les cartes en main, la ressource, la science, un premier industriel compétitif, et un partenaire automobile (Stellantis) déjà engagé. Ce qui manque, c'est la décision d'un État qui ose piloter sa stratégie industrielle et ne délègue pas son avenir aux seules forces du marché.

La souveraineté n'est pas un slogan, c'est un choix de production. Le bonapartisme ne croit pas à la magie du libre-échange comme horizon indépassable. Il croit que les nations qui décident de produire ce qu'elles consomment construisent leur indépendance durablement. La batterie sodium-ion, avec ses matières premières abondantes, non délocalisables, non soumises aux chantages géopolitiques, est un cas d'école de ce que peut être une filière véritablement souveraine.

La France possède l'atout unique en Europe de maîtriser toute la chaîne du sodium-ion sur son territoire. Il serait impardonnable de le laisser dormir pendant que d'autres construisent l'industrie de demain. Produire, décider, innover en France, c'est aujourd'hui, ou ce sera trop tard.