Simplification et Progrès

Publié le 29 avril 2026 à 14:08

Le RN propose d’"élaborer un grand projet d’ordonnance de simplification, qui sera publié, dès le début du mandat, afin de libérer l’économie française de ces entraves coûteuses et d’accompagner la relance de la production." 

Simplifier sans renoncer : pour une économie efficace et un progrès social intact

À chaque élection la promesse revient comme un refrain : « libérer l’économie », « alléger les contraintes », « simplifier ». L’intention est louable, la réalité, elle, est plus exigeante. Car dans une France insérée dans le marché unique issu de l’Acte unique européen, liée par l’Euro et confrontée à la Mondialisation, les marges de manœuvre existent mais elles ne sont ni illimitées ni neutres.

La facilité consisterait à confondre simplification et dérégulation. À prétendre que la croissance renaîtra mécaniquement si l’on réduit les protections, si l’on flexibilise sans garde-fous, si l’on allège au point d’affaiblir. Ce serait une erreur économique autant qu’un contresens politique. Car le progrès social n’est pas un obstacle à la performance, il en est une condition.

Simplifier oui mais simplifier intelligemment.

Cela commence par une évidence trop souvent négligée, notre système souffre moins d’un excès de droits que d’un excès de complexité. Trop de procédures, trop de délais, trop d’incertitudes. Ici la réforme est non seulement possible mais nécessaire. Fusionner les démarches, supprimer les doublons, rendre les normes lisibles voilà des transformations concrètes qui libèrent du temps et de l’énergie sans retirer la moindre protection.

Accélérer les décisions constitue un second levier majeur. Une autorisation industrielle qui prend trois ans, une procédure judiciaire interminable, un projet bloqué par des délais excessifs, ces lenteurs pénalisent l’activité sans renforcer la justice sociale. Décider plus vite, ce n’est pas décider moins bien, c’est souvent décider mieux parce que plus clairement.

Il faut également stabiliser les règles. Une économie moderne ne peut prospérer dans l’incertitude permanente. Changer sans cesse la loi fiscale, modifier les normes au gré des alternances c’est décourager l’investissement et fragiliser l’emploi. La prévisibilité est une forme de simplification en soi.

Mais la véritable clé réside ailleurs, dans le choix d’une compétitivité par le haut. Face à la mondialisation, la tentation est grande d’aligner les coûts vers le bas. C’est une impasse. La France ne gagnera pas en affaiblissant ses protections mais en renforçant ses atouts. Formation, innovation, qualité, transition écologique. Investir plutôt que déréguler, élever plutôt qu’abaisser voilà la seule stratégie durable.

Simplifier, enfin, c’est aussi avoir le courage de s’attaquer aux rentes invisibles. Certaines complexités ne protègent pas les plus fragiles, mais des positions acquises. Les lever c’est restaurer de la concurrence, donc du dynamisme sans porter atteinte au progrès social.

La vérité est simple, il est possible de rendre l’économie plus fluide sans la rendre plus dure mais cela exige de la rigueur intellectuelle et du courage politique. Car la simplification authentique ne consiste pas à supprimer des droits, elle consiste à supprimer ce qui empêche ces droits de fonctionner efficacement.

À l’heure où les promesses de « libération » fleurissent, il est temps de rappeler cette exigence, une économie moderne n’a pas besoin de moins de règles. Elle a besoin de meilleures règles. Et une société juste n’a pas à choisir entre efficacité et protection. Elle doit tenir les deux.