Fonction Publique

Publié le 30 avril 2026 à 12:20

200.000 postes de fonctionnaires en moins, peut-être demain davantage. La surenchère n’est jamais loin et avec elle cette impression familière d’assister à une forme d’enchère permanente, où chacun cherche à démontrer sa fermeté en promettant de réduire toujours plus.
Mais une question simple devrait précéder toutes les autres : de quoi parle-t-on exactement ?


Lorsque Bruno Retailleau évoque la suppression de 200 000 postes de fonctionnaires, pour qui parle-t-il, dans quelle fonction publique ? Celle de l’État, celle des collectivités territoriales, celle de l’hôpital ? Car derrière un chiffre global, il y a des réalités concrètes, des métiers, des services, des vies quotidiennes.


Et ces réalités, les Français les connaissent. Ils les connaissent lorsqu’il faut attendre des semaines, parfois des mois, pour obtenir un passeport ou un document administratif. Ils les connaissent lorsqu’ils entendent parler d’un manque de greffiers qui ralentit la justice. Ils les connaissent dans les hôpitaux où les soignants manquent et où la tension est permanente. Ils les connaissent enfin lorsqu’on évoque l’insécurité ou les enjeux internationaux qui exigeraient au contraire davantage de présence, davantage de moyens humains.


Dès lors, parler de suppression de postes sans dire où, sans dire comment, sans dire avec quelles conséquences, revient moins à proposer une politique qu’à formuler une intention et une intention ne fait pas fonctionner un pays car gouverner ce n’est pas annoncer, gouverner c’est organiser.


Cela suppose de regarder la réalité en face, dans toute sa complexité. Oui, il existe des marges d’amélioration. Oui, il existe des doublons, notamment dans certaines strates territoriales où l’empilement des structures finit par brouiller les responsabilités. Oui, il faut interroger l’organisation du travail, les méthodes, l’efficacité des procédures. Oui encore, les nouvelles technologies peuvent être un levier puissant, à condition d’être utilisées avec intelligence et au service des citoyens. Mais tout cela ne se résume pas à un chiffre.
Réformer la fonction publique ne consiste pas à réduire abstraitement un nombre de postes. Cela consiste à repenser des organisations, à clarifier des compétences, à simplifier des procédures, à mieux utiliser les ressources existantes. Cela demande du temps, de la précision, et surtout une vision d’ensemble.


La vérité, c’est qu’il est toujours plus simple d’annoncer des suppressions que d’expliquer comment les services continueront à fonctionner. Toujours plus simple de promettre des économies que de dire où l’on fera des choix et quels en seront les effets. Or les Français n’attendent pas des annonces. Ils attendent des résultats, ils attendent que leurs démarches soient plus simples. Que la justice soit plus rapide, que l’hôpital tienne, que la sécurité soit assurée, que l’État dans toutes ses composantes fonctionne.


C’est à cette exigence-là que doivent répondre les responsables publics et c’est pourquoi la question n’est pas de savoir combien de postes supprimer. La seule question qui vaille est la suivante : comment faire fonctionner mieux, concrètement, les services dont dépend la vie quotidienne des Français.