Dans un entretien accordé à Contrepoints le 30 avril, Véronique Langlais pointe une décision « difficile à comprendre ». Celle de n’autoriser que certains professionnels, fleuristes et boulangers-pâtissiers, à faire travailler leurs salariés le 1er mai.
Le constat mérite d’être entendu, car derrière cette mesure se dessine une hiérarchie implicite entre métiers qui, sur le terrain, n’a guère de sens. Pourquoi ces professions plutôt que d’autres ? Les bouchers, charcutiers, fromagers ou poissonniers participent eux aussi à la vie quotidienne des Français, y compris les jours fériés. Leur exclusion interroge.
Comme le souligne cet entretien, la réalité est pourtant bien connue. Partout en France, les commerces alimentaires de proximité, tout comme les marchés, répondent à une utilité concrète. En ce sens, la décision apparaît déconnectée des pratiques réelles et des attentes des consommateurs.
Mais l’incohérence va plus loin car pendant que certains artisans sont empêchés de travailler, une autre partie de la restauration, elle, peut continuer son activité. Les enseignes de restauration rapide, au nom de la continuité du service, sont en mesure d’ouvrir et de faire travailler leurs salariés. Autrement dit, la “malbouffe” peut être servie, mais pas nécessairement les produits issus de l’artisanat culinaire.
Le contraste est saisissant. D’un côté, des métiers qui valorisent les circuits courts, le savoir-faire, la qualité des produits ; de l’autre, des modèles industriels standardisés, souvent pointés du doigt dans les débats sur l’alimentation. Sans caricaturer, le signal envoyé est pour le moins paradoxal, ce qui relève du pratique et de l’immédiat semble primer sur ce qui incarne pourtant une certaine idée de la gastronomie française.
À cette incohérence s’ajoute un problème de méthode. L’annonce précède ici le droit, laissant les professionnels dans une forme d’incertitude, le cadre légal reste flou, fragilisant des acteurs économiques déjà soumis à de fortes pressions.
Car le secteur des métiers de bouche traverse une période exigeante, hausse des coûts de l’énergie, inflation des matières premières, contraintes réglementaires croissantes. Malgré cela, comme le rappelait Véronique Langlais, ces professions continuent de s’adapter, d’innover et même d’attirer de nouveaux profils.
Au fond, la question dépasse le seul cadre du 1er mai, le touche à la manière dont sont perçus et considérés les métiers de proximité. Plutôt que de segmenter, il serait sans doute plus juste de reconnaître leur rôle collectif dans la vitalité économique et sociale du pays.
Les artisans n’attendent pas d’être privilégiés, ils demandent simplement de la cohérence. Et, comme le suggère cet entretien, une meilleure prise en compte de la réalité du terrain dans les décisions qui les concernent.