Encore une fois, au lendemain d'une grande fête du football européen, les mêmes images nous reviennent. Des vitrines brisées, des commerces pillés, des véhicules incendiés, des affrontements avec les forces de l'ordre, des centres-villes défigurés. À Paris comme dans de nombreuses villes de province, le spectacle est accablant. Il inspire à la fois le gâchis et la colère et l'un nourrit inévitablement l'autre.
Quel immense gâchis que de voir un événement sportif censé rassembler devenir le prétexte à la violence et à la destruction. Quel immense gâchis que de constater qu'une partie de notre jeunesse, certes minoritaire, mais particulièrement agissante, semble avoir perdu le sens des limites, du respect et de la responsabilité.
Je refuse cependant de me réfugier derrière le seul argument de la minorité. Oui, il s'agit d'une minorité mais c'est une minorité qui agit, qui détruit, qui intimide et qui impose sa loi à la majorité silencieuse. C'est une minorité dont les actes salissent l'image de tout un pays et privent des millions de citoyens du droit de vivre sereinement des moments qui devraient être des instants de fête et de communion populaire.
Pendant que l'immense majorité des supporters célèbre une victoire ou partage simplement sa passion du sport dans la joie et le respect, quelques-uns choisissent le désordre, la violence et parfois la prédation. Ce ne sont pas seulement des biens matériels qui sont détruits, c’est est aussi l'idée même du vivre-ensemble qui est fragilisée. C'est le lien civique qui se délite un peu plus à chaque épisode de ce genre.
Depuis plusieurs décennies, j'ai le sentiment que notre pays éprouve de plus en plus de difficultés à transmettre les règles élémentaires de la vie en société. L'autorité est contestée, les institutions sont défiées, le respect du bien commun semble parfois relégué au second plan derrière la satisfaction immédiate des pulsions individuelles ou de groupe.
Je n'accuse pas une génération entière. La grande majorité des jeunes Français travaillent, étudient, construisent leur avenir, respectent les lois et contribuent chaque jour à la vitalité de notre nation. Mais je refuse également de nier la réalité d'une partie de la jeunesse qui semble basculer dans l'insouciance, dans le rejet des règles communes et parfois dans une forme de rupture avec ce qui constitue le socle même de notre pacte national.
Aujourd'hui, je crois que nous sommes arrivés à un moment où il ne faut plus avoir peur de parler d'autorité, de responsabilité et de sanction. Une société qui n'est plus capable de faire respecter ses règles finit toujours par affaiblir les libertés de ceux qui les respectent.Je considère qu'il faut sanctionner avec fermeté tous les fauteurs de troubles, quels qu'ils soient, quel que soit leur âge, leur statut social ou leurs origines. L'égalité devant la loi ne doit souffrir d'aucune exception. Celui qui détruit, qui pille, qui agresse ou qui participe à des violences collectives doit savoir qu'il s'expose à une réponse judiciaire rapide, certaine et proportionnée à la gravité de ses actes.
La fermeté n'est pas l'injustice, elle est au contraire une condition de la justice. Une société qui renonce à sanctionner efficacement les comportements qui la menacent finit par envoyer un signal désastreux : celui que l'impunité est possible et que le respect de la loi est devenu facultatif.
J'estime également que les sanctions doivent être concrètes et visibles. Les auteurs de dégradations doivent réparer financièrement les dommages qu'ils causent. Il n'est pas acceptable que les contribuables supportent seuls le coût des destructions commises par une minorité irresponsable. Celui qui casse doit payer. Celui qui détruit doit réparer.
Pour les mineurs, la question de la responsabilité parentale ne peut plus être éludée. Les parents ont des droits, mais ils ont aussi des devoirs, ils sont les premiers éducateurs de leurs enfants. Lorsqu'un mineur participe à des violences, à des pillages ou à des actes de vandalisme, il est légitime de s'interroger sur les responsabilités qui incombent à ceux qui ont la charge de son éducation. Je considère que cette responsabilité doit être davantage engagée lorsque les manquements sont manifestes.
Je suis également convaincu que nous devons cesser de chercher systématiquement des excuses avant de rechercher les responsabilités. Comprendre les causes d'un comportement peut être utile, cela ne doit jamais conduire à l'excuser. Les difficultés sociales, les frustrations ou les parcours personnels ne justifient ni la violence ni la destruction des biens d'autrui.
Je considère enfin que le respect des lois de la République doit être une exigence absolue pour tous ceux qui vivent sur notre territoire. L'accueil, le droit au séjour et l'intégration impliquent des droits, mais également des devoirs. Une nation généreuse est en droit d'attendre de ceux qu'elle accueille qu'ils respectent ses règles, ses institutions et son ordre public.
Au fond, la question qui se pose dépasse largement le football. Elle touche à notre capacité collective à faire société. Une démocratie ne peut survivre durablement sans civisme, sans responsabilité et sans respect des règles communes. La liberté n'est pas l'absence de contraintes ; elle est la possibilité de vivre ensemble dans un cadre partagé et accepté par tous.
Je refuse de me résigner à voir ces scènes se répéter année après année. Je refuse de considérer comme normales des violences qui ne devraient jamais l'être. Je refuse que la peur, l'excuse permanente ou le renoncement prennent la place de l'autorité légitime et de la responsabilité individuelle.
Parce qu'au-delà des vitrines brisées, des voitures brûlées et des rues dévastées, c'est une certaine idée de la France qui est en jeu : une France où la liberté s'accompagne du respect, où les droits s'équilibrent avec les devoirs, et où la loi demeure la même pour tous.