Ecouter et protéger les enfants

Publié le 4 juin 2026 à 20:30

Par respect pour les parents de Lyhanna et dans l'espoir de la retrouver saine et sauve, je m'étais jusqu'à présent abstenu de tout commentaire et de toute prise de parole. Malheureusement, cette jeune fille est aujourd'hui décédée. C'est avec une immense tristesse et une profonde émotion que j'ai appris cette nouvelle qui bouleverse bien au-delà de sa famille, touchant toute une commune et, au-delà, l'ensemble de notre pays. C'est avec une peine immense que j'adresse mes plus sincères condoléances au parents, à la famille, aux proches.

J'ai écouté avec émotion le maire de Fleurance exprimer sa colère. Une colère qui est aussi celle de nombreux Français. Une colère née de l'incompréhension, du sentiment d'impuissance et de la conviction que notre société ne parvient plus à protéger suffisamment les plus vulnérables.

Car au-delà de ce drame, une question s'impose : comment se fait-il qu'aujourd'hui en France, malgré la multiplication des affaires de viols, d'agressions sexuelles, d'enlèvements et de meurtres dont sont victimes des mineurs, mais aussi des adultes, les forces de l'ordre et la justice ne semblent pas toujours en mesure d'agir avec toute la rapidité et l'efficacité attendues ?

Certains invoqueront le manque de moyens, d'autres souligneront la complexité des enquêtes ou les contraintes procédurales. Ces réalités existent et nul ne peut les nier mais pouvons-nous nous contenter de ces explications ? N'y a-t-il pas également un problème de priorisation, d'organisation et surtout de prise en compte réelle des situations signalées ?

Trop souvent, après un drame, nous découvrons que des alertes avaient été émises, que des inquiétudes avaient été exprimées ou que certains comportements étaient connus. Trop souvent, l'émotion succède aux regrets, les hommages aux interrogations, sans que les réponses attendues par les citoyens ne soient pleinement apportées.

Il ne s'agit pas de mettre en cause aveuglément les femmes et les hommes qui servent dans la police, la gendarmerie, la justice ou les services de protection de l'enfance. La plupart accomplissent leur mission avec dévouement dans des conditions parfois extrêmement difficiles mais il est de notre responsabilité collective de nous interroger sur le fonctionnement d'un système qui donne parfois le sentiment de réagir après les drames plutôt que de les prévenir.

La protection des enfants devrait constituer une priorité absolue de l'action publique. Lorsqu'une disparition est signalée, lorsqu'un danger est identifié, lorsqu'un signalement est effectué, aucune hésitation, aucune lourdeur administrative, aucune insuffisance de coordination ne devrait pouvoir retarder la mobilisation de tous les moyens nécessaires.

Aujourd'hui, alors que la douleur de la famille de Lyhanna est immense, le temps n'est ni aux récupérations ni aux polémiques. Il est au recueillement, à la compassion et à la recherche de la vérité. Mais il est aussi au devoir de réflexion. Parce que derrière chaque affaire médiatisée se cachent d'autres victimes, d'autres familles, d'autres drames parfois moins visibles.

La meilleure façon d'honorer la mémoire de Lyhanna n'est pas seulement de pleurer sa disparition. C'est aussi d'avoir le courage de poser les bonnes questions et d'exiger que tout soit fait pour que de telles tragédies deviennent enfin l'exception et non l'une des trop nombreuses pages sombres de notre actualité.