Les récentes annonces concernant la mise en place de « zones pilotes » sous contrôle de l'armée libanaise dans le sud du Liban constituent peut-être la première véritable lueur d'espoir depuis des années. Pour la première fois depuis longtemps, une perspective de désescalade entre Israël et le Liban semble émerger. Cette opportunité ne doit pas être gâchée.
La paix ne pourra cependant être durable que si chaque partie assume ses responsabilités.
Israël doit mettre un terme aux bombardements qui frappent le territoire libanais, qu'il s'agisse du sud du pays, de la banlieue de Beyrouth ou d'autres régions. Les incursions terrestres et les violations répétées de la souveraineté libanaise ne peuvent constituer une solution à long terme. Elles alimentent les tensions, fragilisent davantage l'État libanais et entretiennent un cycle de violence dont les populations civiles sont les premières victimes.
Mais la responsabilité ne saurait être unilatérale.
L'État libanais doit lui aussi relever un défi historique, rétablir son autorité exclusive sur l'ensemble de son territoire. Aucun État ne peut durablement assurer sa sécurité et sa stabilité lorsqu'une organisation armée agit indépendamment de ses institutions et possède sa propre capacité militaire.
Le Hezbollah, soutenu par l'Iran, continue de jouer un rôle déterminant dans l'instabilité régionale. Ses attaques contre Israël exposent le Liban à des représailles dévastatrices et privent les autorités libanaises du contrôle effectif de décisions de guerre et de paix qui devraient relever exclusivement de l'État.
Le retour de l'armée libanaise dans le sud du pays constitue donc une étape essentielle. Cette présence doit permettre d'assurer la sécurité des populations, de prévenir les affrontements transfrontaliers et de faire respecter les engagements internationaux du Liban. À terme, le monopole de la force armée doit revenir pleinement aux institutions légitimes de l'État.
Dans cette perspective, la France a une responsabilité particulière.
Liée au Liban par une histoire commune et par des relations humaines, culturelles et politiques profondes, elle ne peut se contenter d'observer les événements. Paris doit soutenir activement le renforcement de l'État libanais. Cela passe d'abord par une aide matérielle accrue à l'armée libanaise, équipements, logistique, renseignement, soutien aux infrastructures et aux capacités de commandement.
Mais cet engagement pourrait également prendre la forme d'une coopération renforcée sur le terrain, notamment dans les domaines de la formation, du conseil stratégique et de l'accompagnement des unités chargées de sécuriser le sud du Liban. L'objectif ne serait pas d'imposer une solution extérieure, mais de permettre aux institutions libanaises d'exercer pleinement leurs prérogatives souveraines.
La question du Hezbollah devra également être abordée avec lucidité. Sa branche armée ne peut continuer à agir comme une force militaire autonome au sein d'un État souverain. Quant à sa dimension politique, son avenir doit être déterminé par les Libanais eux-mêmes, dans le respect de leurs institutions démocratiques et de leur souveraineté nationale.
Le Liban a payé un prix immense aux crises successives, à l'effondrement économique et aux conflits régionaux. Son peuple aspire à la stabilité, à la sécurité et au retour d'un État pleinement fonctionnel.
L'heure n'est plus aux ambiguïtés. Si la communauté internationale souhaite réellement favoriser la paix entre Israël et le Liban, elle doit aider l'État libanais à retrouver ce qui constitue le fondement même de toute souveraineté, le contrôle exclusif de son territoire, de ses frontières et de l'usage de la force.
C'est à cette condition que le Liban pourra enfin espérer tourner la page des guerres récurrentes et construire un avenir de paix pour l'ensemble de ses citoyens.