Le Cercle des économistes propose d'attribuer à chaque jeune un capital de 10 000 euros à sa majorité, financé par une réforme de la fiscalité des successions. Cette proposition a le mérite de remettre au cœur du débat une question essentielle, dans une société où le patrimoine détermine de plus en plus les destins, comment donner à chacun les moyens de construire son avenir ?
Mais pourquoi attendre 18 ans ? Je crois que nous devons être plus ambitieux. Au lieu de remettre un chèque à l'entrée dans la vie adulte, donnons à chaque Français un véritable patrimoine dès sa naissance.
Chaque enfant recevrait une dotation de 10 000 euros placée sur un Compte Citoyen d'Investissement. Cette somme serait investie sur le long terme, principalement dans les entreprises françaises, afin de soutenir notre industrie, notre innovation, notre agriculture, nos infrastructures et notre souveraineté économique.
Le temps deviendrait alors notre meilleur allié. Investi pendant plusieurs décennies, ce capital bénéficierait de la puissance des intérêts composés. Il ne s'agirait plus d'une aide ponctuelle, mais de la constitution d'un patrimoine durable.
Ce compte accompagnerait chaque Français tout au long de sa vie. Les primes de participation, d'intéressement, les abondements des employeurs ou les versements volontaires pourraient venir l'alimenter. Le déblocage resterait limité à des investissements utiles : études, création d'entreprise, acquisition de la résidence principale ou, à défaut, préparation de la retraite.
Cette logique s'inscrit dans une vieille idée française, celle de la Participation. Le général de Gaulle souhaitait dépasser l'opposition entre le capital et le travail en faisant du salarié un acteur de la prospérité collective. Aujourd'hui, nous pouvons prolonger cette intuition en faisant de chaque citoyen un détenteur de capital investi dans l'économie nationale.
La question n'est pas seulement sociale ; elle est stratégique. La France manque de capitaux patients. Trop d'entreprises dépendent de fonds étrangers, trop d'épargne nationale reste orientée vers des placements peu productifs. Un Compte Citoyen d'Investissement créerait progressivement un puissant actionnariat populaire, stable, enraciné et tourné vers l'intérêt national.
Son financement pourrait reprendre le principe avancé par le Cercle des économistes, une réforme de la fiscalité des successions. Une partie de la richesse transmise contribuerait à créer un patrimoine pour chaque nouveau-né. L'héritage familial demeurerait, mais il serait complété par un héritage national.
Cette proposition ne relève ni de l'assistance ni de l'égalitarisme. Elle relève d'une ambition simple « faire de chaque Français un copropriétaire de la richesse nationale, associer le travail et le capital, préparer les retraites, renforcer notre souveraineté économique et transmettre aux générations futures autre chose qu'une dette ».
La France a besoin de renouer avec une politique de long terme. Le patrimoine de demain se construit dès aujourd'hui.