L'exception agricole française

Publié le 5 juillet 2026 à 18:30

Il y a des métiers qui ne devraient jamais être abandonnés aux seules lois du marché, le métier d'agriculteur en fait partie car un agriculteur ne produit pas seulement des tonnes de blé, de lait ou de viande. Il nourrit le pays, il entretient les paysages que nous aimons, il fait vivre nos villages. Il transmet un savoir-faire, une terre et, souvent, une histoire familiale.


Pourtant, depuis des années, nous lui demandons toujours davantage. Produire mieux. Respecter davantage de normes. Investir. S'adapter au changement climatique. Préserver la biodiversité. Tout cela est nécessaire mais dans le même temps, nous ouvrons notre marché à des produits qui ne respectent pas les mêmes règles. Nous signons des accords commerciaux comme le Mercosur. Nous acceptons que la concurrence se fasse au détriment de ceux qui produisent français. Et lorsque nos agriculteurs n'en peuvent plus, certains proposent de résoudre le problème en abaissant nos propres exigences. C'est le sens de la loi Duplomb et de la loi d'urgence agricole « puisque d'autres utilisent encore certains pesticides ou bénéficient de règles moins contraignantes, faisons comme eux ».


Je crois que nous faisons fausse route. La réponse à la concurrence déloyale n'est pas de tirer la France vers le bas. La réponse est de mieux protéger la France.


C'est pourquoi je défends une exception agricole française.


Une exception qui affirme un principe simple, ce que nous interdisons à nos agriculteurs ne doit pas être autorisé pour les produits que nous importons. La concurrence n'est acceptable que lorsqu'elle repose sur les mêmes règles pour tous.


Mais protéger notre agriculture ne suffit pas, il faut aussi protéger les agriculteurs.


Aujourd'hui, trop d'entre eux travaillent sans savoir s'ils pourront vivre de leur métier. Beaucoup se lèvent avant l'aube, travaillent sept jours sur sept, investissent sans compter et voient pourtant leur revenu dépendre de cours mondiaux, de négociations commerciales ou d'intermédiaires qui captent l'essentiel de la valeur.


Aucune Nation sérieuse ne peut accepter que ceux qui la nourrissent vivent dans une telle incertitude.


Une exception agricole française, c'est aussi garantir que les prix couvrent les coûts de production, que la valeur revienne d'abord à ceux qui travaillent la terre et que le revenu agricole ne soit plus la variable d'ajustement de la grande distribution ou des marchés mondiaux.


Il n'y aura pas de souveraineté alimentaire sans agriculteurs et il n'y aura plus d'agriculteurs si leur métier ne leur permet plus de vivre dignement.


On nous répondra que l'Union européenne fixe les règles mais une Nation ne renonce pas à défendre un intérêt vital parce qu'une règle l'en empêche. Les règles doivent être au service des peuples, jamais l'inverse. Lorsqu'elles affaiblissent durablement notre capacité à nourrir notre population, il appartient à la France de les contester, de les faire évoluer et, si nécessaire, d'assumer ses responsabilités.


L'exception culturelle a permis à la France de protéger sa création parce qu'elle refusait que la culture soit réduite à une simple marchandise. Il est temps d'avoir la même ambition pour notre agriculture parce que nourrir un peuple n'est pas un secteur économique comme un autre. Parce que ceux qui nous nourrissent méritent mieux que des discours et des promesses. Parce que la souveraineté commence dans nos champs.


L'exception agricole française, ce n'est pas tourner le dos au monde, c'est choisir de ne jamais tourner le dos à nos agriculteurs.