Pour une fiscalité de puissance

Publié le 13 juillet 2026 à 20:00

Depuis plusieurs années, les appels à supprimer les impôts de production se multiplient, à droite comme chez les souverainistes, la formule est devenue un mot d'ordre. Le diagnostic est juste, notre industrie souffre d'une fiscalité qui pénalise l'acte de produire mais un slogan ne fait pas une politique.

Quels impôts faut-il supprimer ? Lesquels doivent être réformés ? Comment préserver les capacités d'action de l'État et des collectivités ? Surtout, quel projet national porte cette réforme ? Car la fiscalité n'est jamais une simple question comptable, elle traduit toujours une vision de la Nation.

Pendant trop longtemps, la France a confondu puissance publique et pression fiscale. Nous avons fini par taxer ceux qui investissent, ceux qui bâtissent des usines, ceux qui innovent, ceux qui créent des emplois. Nous avons fait peser des prélèvements sur les entreprises avant même qu'elles ne réalisent un bénéfice. Cette logique est une impasse car on ne peut pas appeler de ses vœux la réindustrialisation et, dans le même temps, pénaliser ceux qui produisent sur notre sol. On ne peut pas déplorer les délocalisations tout en rendant l'investissement plus coûteux chez nous que chez nos concurrents.

La France ne manque pas d'entrepreneurs, elle ne manque pas d'ingénieurs, elle ne manque pas de savoir-faire, non elle manque d'une doctrine. Depuis trente ans, nous avons laissé disparaître des filières entières. Nous avons accepté que notre prospérité repose davantage sur la consommation que sur la production. Nous avons découvert, au fil des crises, que nous dépendions de l'étranger pour nos médicaments, nos composants électroniques, parfois même pour des équipements indispensables à notre sécurité. Une nation qui ne produit plus ne choisit plus ...

La souveraineté politique commence toujours par la souveraineté économique. C'est pourquoi le débat sur les impôts de production dépasse largement la fiscalité. Il touche à notre capacité à redevenir une puissance industrielle. Faut-il alors supprimer tous les impôts de production ? La question est mal posée, en effet la véritable question est de savoir quels impôts servent la puissance de la France et quels impôts l'affaiblissent.

Une politique gaullo-bonapartiste ne poursuit pas l'objectif abstrait de « moins d'impôts ». Elle poursuit un objectif beaucoup plus exigeant, une fiscalité de puissance.

La fiscalité est une arme de gouvernement, elle doit encourager ce que la Nation veut développer et décourager ce qui l'affaiblit. Les impôts qui frappent directement l'investissement industriel, les capacités de production, les implantations d'usines ou la modernisation des équipements doivent être supprimés ou profondément réformés car ils pénalisent précisément ce dont la France a besoin : produire davantage, investir davantage, exporter davantage.

À l'inverse, il est légitime que la richesse créée contribue au financement de nos infrastructures, de notre école, de notre justice, de notre défense et de nos collectivités. Une puissance industrielle a besoin d'un État solide mais un État stratège ne commence jamais par affaiblir ceux qui créent la richesse nationale.

Il ne s'agit donc pas d'opposer l'État et l'entreprise. L'entreprise produit, l'État protège, planifie, investit et prépare l'avenir. Les deux servent une même ambition : la puissance française.

Encore faut-il que la France retrouve les moyens de conduire librement cette politique. Une véritable stratégie industrielle suppose que la Nation dispose de marges de décision suffisantes pour définir sa politique économique, budgétaire, commerciale et fiscale en fonction de ses intérêts propres. Tant que ces choix demeurent fortement encadrés par des règles extérieures, notre capacité à adapter notre modèle économique reste limitée. Retrouver une pleine souveraineté n'est pas un repli sur soin, c'est retrouver la liberté de décider. Décider de ce que nous produisons. Décider de ce que nous protégeons. Décider des secteurs que nous voulons reconstruire. Décider d'une fiscalité adaptée aux intérêts de la France plutôt qu'à une logique uniforme.

Le général de Gaulle avait compris que l'indépendance politique exigeait une base industrielle solide. Le bonapartisme nous enseigne que l'État n'est grand que lorsqu'il met sa puissance au service de la Nation. Ces deux héritages convergent vers une même exigence : produire pour être libre.

Le débat sur les impôts de production ne doit donc pas opposer les partisans de la baisse des prélèvements aux défenseurs du statu quo. Il doit opposer deux visions de la France. La première considère la fiscalité comme une fin en soi, la seconde la considère comme un instrument de puissance.

C'est cette seconde voie que je défends. Notre pays n'a pas besoin d'une fiscalité plus faible par principe, il a besoin d'une fiscalité plus intelligente. Une fiscalité qui récompense le travail plutôt que la rente. Qui favorise l'investissement plutôt que la spéculation. Qui encourage l'industrie plutôt que son départ. Qui prépare la souveraineté plutôt que la dépendance.

Voilà ce que doit être une fiscalité de puissance.