Pour une politique portuaire à la hauteur de France sur Mer

Publié le 12 juillet 2026 à 12:00

Il faut savoir saluer les travaux utiles lorsqu’ils sont menés avec sérieux. Le rapport parlementaire présenté par les députés Agnès Firmin Le Bodo et Matthias Renault sur la compétitivité des ports français mérite, à ce titre, d’être reconnu pour la qualité de son diagnostic et pour l’importance des sujets qu’il met en lumière. En formulant quarante recommandations destinées à améliorer la gouvernance portuaire, à renforcer les liaisons avec l’arrière-pays et à sécuriser les investissements de l’État, ce rapport rappelle une évidence trop longtemps négligée : les ports sont des infrastructures stratégiques pour notre économie, notre industrie, notre souveraineté et notre capacité à maîtriser nos chaînes d’approvisionnement.

Le décrochage des ports français face à Rotterdam, Anvers ou Hambourg n’est pas une fatalité. Il résulte notamment d’un manque de continuité dans l’investissement public, d’une gouvernance parfois trop fragmentée, de procédures complexes et d’une insuffisante connexion de nos ports aux réseaux ferroviaires, fluviaux et logistiques. Sur tous ces points, le rapport apporte des éléments sérieux et des propositions nécessaires. La France a besoin de ports métropolitains plus performants, mieux reliés à leur arrière-pays, capables d’accompagner la réindustrialisation, la transition énergétique et la décarbonation des transports. Il faut donc saluer ce travail et souhaiter que ses recommandations ne restent pas lettre morte mais il faut aussi en souligner la principale limite.

En concentrant l’essentiel de son analyse sur la compétition entre les grands ports métropolitains et leurs concurrents du nord de l’Europe, le rapport demeure prisonnier d’une conception trop hexagonale de la politique portuaire française. Or la France n’est pas seulement une puissance portuaire européenne. Elle est une puissance maritime mondiale.

Grâce à ses territoires d’outre-mer, elle est présente dans l’Atlantique, les Caraïbes, l’océan Indien, le Pacifique, en Amérique du Sud et à proximité des principales routes maritimes mondiales. Cette présence lui confère l’un des plus vastes espaces maritimes de la planète et lui impose des responsabilités particulières.

C’est tout le sens de l’idée de « France sur Mer » que nous défendons depuis des années avec mes compagnons bonapartistes. Cette vision invite à ne plus considérer les territoires ultramarins comme de simples périphéries éloignées de l’Hexagone mais comme les points d’appui d’une nation maritime présente sur plusieurs continents et dans plusieurs océans.

Dans cette perspective, les ports de Guadeloupe, de Martinique, de Guyane, de La Réunion, de Mayotte, de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française, de Saint-Pierre-et-Miquelon et de l’ensemble de nos territoires ultramarins ne sont pas des équipements secondaires. Ils sont des infrastructures vitales pour la continuité territoriale, l’approvisionnement des populations, le développement économique local, la sécurité, la défense et l’influence régionale de la France. Leur rôle dépasse largement la seule manutention des marchandises. Ils peuvent devenir des plateformes de coopération régionale, des bases de soutien à la recherche scientifique, des pôles de développement de l’économie bleue, des centres de maintenance navale, des points d’appui pour les énergies marines renouvelables, des hubs pour les câbles sous-marins et des instruments majeurs de notre souveraineté.

Ils doivent également répondre aux enjeux très concrets auxquels sont confrontées les populations ultramarines. Coût élevé du fret, dépendance aux importations, insuffisance des capacités portuaires, vulnérabilité face aux cyclones et au changement climatique, manque de liaisons régionales et faiblesse des infrastructures logistiques.

Le développement portuaire outre-mer n’est donc pas un supplément d’âme de la politique maritime française, il en est l’une des conditions essentielles. Être la deuxième puissance maritime mondiale ne peut pas se résumer à la possession d’un immense espace maritime. Cette puissance doit être aménagée, protégée, reliée, exploitée durablement et mise au service des populations.


Notre rang nous oblige à investir partout où la France est présente. Il nous oblige à développer le transport maritime entre nos territoires. Il nous oblige à renforcer les liaisons régionales dans les Caraïbes, l’océan Indien et le Pacifique. Il nous oblige à soutenir la modernisation des quais, des terminaux, des infrastructures de stockage, des capacités de réparation navale et des équipements de sécurité. Il nous oblige surtout à construire une politique maritime qui ne soit plus pensée depuis la seule métropole, mais à l’échelle réelle de la France. La politique portuaire nationale doit ainsi reposer sur deux ambitions complémentaires.

La première est celle que porte le rapport parlementaire : rendre les ports métropolitains plus compétitifs, mieux gouvernés, mieux financés et davantage connectés aux réseaux européens.

La seconde doit être celle de la France sur Mer : organiser un véritable réseau portuaire national et mondial, associant pleinement les territoires ultramarins à notre stratégie économique, industrielle, énergétique, diplomatique et militaire.

Ces deux ambitions ne s’opposent pas. Elles se renforcent.

Une France capable de moderniser Le Havre, Marseille-Fos, Dunkerque, Nantes-Saint-Nazaire, Rouen ou Bordeaux doit également être capable de porter une stratégie ambitieuse pour Pointe-à-Pitre, Fort-de-France, Dégrad-des-Cannes, Port-Réunion, Longoni et l’ensemble de ses ports ultramarins. Il serait incohérent de vouloir reconquérir des parts de marché en Europe tout en laissant sous-exploité l’extraordinaire réseau maritime que nous offre notre présence mondiale.


Le rapport parlementaire constitue donc une étape importante. Il apporte une contribution utile à la réflexion sur le redressement portuaire français. Mais il doit être complété par une vision plus large, plus ambitieuse et plus conforme à la réalité géographique de notre pays. La France ne doit plus penser ses ports comme une juxtaposition d’infrastructures métropolitaines et ultramarines. Elle doit les considérer comme les maillons d’un même réseau stratégique. C’est à cette condition que nous pourrons devenir pleinement ce que notre géographie nous permet déjà d’être : une grande nation maritime, industrielle, souveraine et présente sur tous les océans.

Il est temps de passer d’une politique des ports français à une véritable politique de France sur Mer.