Reconquête territoriale

Publié le 14 septembre 2026 à 10:00

Depuis plusieurs décennies, la France connaît une transformation silencieuse mais profonde : la concentration progressive des emplois, des richesses, des services et des investissements dans quelques grandes métropoles, au détriment de nombreux territoires qui perdent peu à peu leurs activités, leurs commerces, leurs services publics et leurs habitants.

Ce phénomène a été analysé notamment par Christophe Guilluy avec la notion de « France périphérique ». Derrière cette expression, il y a une réalité vécue par des millions de Français, celle d’un sentiment d’abandon, d’un éloignement des centres de décision et d’une perte de perspectives pour des territoires qui ont pourtant participé à la construction de notre pays.

Le débat sur le logement ne peut pas être réduit à une simple question de quotas ou d’attributions. Le logement est la conséquence visible d’un déséquilibre territorial beaucoup plus profond.

Lorsque l’emploi, les formations, les administrations et les investissements se concentrent dans quelques grandes villes, la pression immobilière devient inévitable. Les prix augmentent, l’accession à la propriété devient plus difficile, les familles s’éloignent de plus en plus de leur lieu de travail et certains territoires continuent de se vider.

Cela ne signifie pas qu’il faille condamner le logement social. Une société qui veut rester solidaire doit permettre aux plus fragiles, aux familles modestes, aux travailleurs aux revenus insuffisants ou aux personnes traversant des difficultés de pouvoir se loger dignement. Le logement social a donc toute sa légitimité mais il ne peut pas devenir l’unique réponse à une crise qui est d’abord une crise d’organisation du territoire.

La loi SRU, qui a permis de rappeler une nécessaire solidarité entre communes, doit probablement être adaptée aux réalités locales. Une politique nationale ne peut pas ignorer les différences entre une grande métropole sous tension, une ville moyenne en reconquête ou une commune rurale, mais remettre en cause certains mécanismes ne doit pas conduire à nier la nécessité d’une mixité sociale et territoriale.

La véritable réponse est ailleurs, dans une politique de reconquête territoriale.

Cette reconquête ne signifie pas faire n’importe quoi. Elle ne consiste pas à bétonner nos campagnes, à sacrifier nos terres agricoles ou à ignorer la préservation de nos espaces naturels. Elle suppose au contraire une gestion intelligente avec la réhabilitation des centres-bourgs, la rénovation du bâti existant, la lutte contre les logements vacants et le développement maîtrisé.

Mais un territoire qui se vide de ses habitants n’est pas davantage une victoire écologique. Sans familles, sans enfants, sans activité économique, c’est aussi notre patrimoine, nos paysages et nos savoir-faire qui sont fragilisés.La reconquête nationale ne peut donc pas se résumer à une logique de préférence nationale à œillères ou à la seule question migratoire. Elle doit être un projet positif, celui de permettre aux Français de vivre, travailler, entreprendre et transmettre partout en France.

Cela passe par la réindustrialisation des territoires, le soutien aux artisans et aux agriculteurs, la présence des services publics, le développement des infrastructures et une véritable politique de déconcentration.

La question fondamentale n’est pas seulement comment : loger les Français ? Elle est comment : redonner un avenir à tous les territoires français ?

C’est cela, la reconquête territoriale.