Édouard Philippe parle une nouvelle fois de jeunes Français « issus de l'immigration » pour évoquer les violences qui secouent notre pays mais je repose, à lui et à d'autres, cette question : à partir de quand considère-t-on qu'un Français est tout simplement français ?
Ma famille a été naturalisée française en 1954, cela fait 72 ans. Dois-je encore être considéré comme issu de l'immigration ? Et mes enfants ? Et mes petits-enfants ? À partir de quelle génération devient-on pleinement français aux yeux de certains responsables politiques ?
Il arrive un moment où il faut arrêter de jouer avec les mots pour cacher les maux, un Français est français. S'il casse, pille, agresse ou attaque les forces de l'ordre, il doit répondre de ses actes devant la justice. Peu importent ses origines.
Mais il faut également s'interroger sur les responsabilités de ceux qui, depuis plus de quarante ans, ont progressivement abandonné l'intégration, l'assimilation, l'autorité et la transmission.Dans cette affaire, n'ayons pas la pudeur de la taire, tout le monde joue avec les divisions.
Le Rassemblement national utilise trop souvent, à mes yeux, cette question pour pointer du doigt certaines populations plutôt que de s'attaquer aux véritables problèmes. À l'opposé, La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon participent, selon moi, à une autre forme de fragmentation en privilégiant les appartenances particulières au détriment de l'unité nationale. Dans les deux cas, je refuse que l'on enferme les Français dans leurs origines.
Mais cela ne signifie pas qu'il ne faille pas revoir notre politique d'acquisition de la nationalité française, bien au contraire. Je n'ai pas peur d'affirmer que je souhaite revenir à l'esprit des lois Pasqua de 1993, qui avaient réintroduit la manifestation de volonté pour les jeunes nés en France de parents étrangers et je propose d'aller plus loin.
Puisque Jean-Luc Mélenchon et d'autres souhaitent abaisser le droit de vote à 16 ans, pourquoi ne pas faire également de cet âge celui d'une véritable démarche volontaire d'acquisition de la nationalité ?
Dès 16 ans, un jeune né en France de parents étrangers, lorsqu'il ne possède pas déjà la nationalité française, pourrait officiellement manifester sa volonté de devenir français. Cette volonté se traduirait par une demande officielle d'acquisition de la nationalité française, soumise à une véritable instruction administrative.
L'administration devrait notamment examiner son parcours scolaire et éducatif, sa connaissance de la langue française, de notre histoire, de nos institutions, ainsi que son respect des lois de la République. Une enquête administrative permettrait également de vérifier ses antécédents judiciaires et l'existence éventuelle de comportements graves, dûment établis, incompatibles avec les exigences de l'acquisition de la nationalité française.
Cette demande, à 16 ans, ne constituerait donc pas un droit automatique à l'obtention de la nationalité, mais l'ouverture d'une procédure d'examen. Si l'intéressé n'a pas acquis la nationalité française, à 18 ans, il devra suivre la même procédure de naturalisation que les autres ressortissants étrangers souhaitant devenir français car enfin, après dix-huit années passées sur notre territoire, avec un parcours d'instruction et d'éducation effectué en France, il est légitime d'attendre une maîtrise suffisante de notre langue et une connaissance de notre histoire, de nos institutions, de nos lois et de nos usages. Les situations particulières, notamment celles des jeunes encore scolarisés, devront naturellement être prises en considération.
Dans tous les cas, l'acquisition de la nationalité française ne serait plus automatique à la majorité. En l'absence de demande ou en cas de refus motivé, l'intéressé conserverait sa nationalité étrangère, notamment celle transmise par ses parents, lorsqu'il en possède une. Des dispositions particulières devront naturellement préserver les personnes qui seraient autrement exposées à l'apatridie. Il resterait soumis aux lois françaises, avec les droits et les devoirs attachés à son statut de ressortissant étranger.Il ne s'agit pas de nier son parcours, son éducation ou son attachement éventuel à notre pays. Il s'agit simplement de considérer que la nationalité française doit aussi relever d'une volonté personnelle, d'une démarche officielle et d'un engagement envers la Nation.
Mais cette exigence ne saurait être uniquement individuelle, l'État doit lui aussi prendre ses responsabilités. Il doit assurer une instruction de qualité, transmettre notre histoire, notre culture et nos valeurs, restaurer l'autorité, accompagner l'intégration et retrouver une véritable politique d'assimilation car on ne peut pas reprocher à une partie de notre jeunesse de ne pas s'intégrer si, dans le même temps, l'État a renoncé à lui en donner les moyens. Mais inversement, on ne peut pas réclamer les droits attachés à la communauté nationale tout en refusant les devoirs qui les accompagnent.
L'assimilation n'est pas l'effacement des origines, elle est l'adhésion à une communauté nationale, à son histoire, à ses valeurs, à ses lois et à son destin.
Je suis fier de mes origines familiales. Elles font partie de mon histoire. Mais mon pays, c'est la France et une fois français, je refuse que l'on continue à me définir, moi ou mes descendants, par les origines de mes parents ou de mes grands-parents.
La France n'est pas une addition de communautés que l'on pourrait opposer les unes aux autres selon les circonstances politiques, elle est une Nation, avec une histoire, des lois, des droits, des devoirs et un destin commun. Alors arrêtons de parler éternellement des « jeunes issus de l'immigration » pour masquer les problèmes que nos responsables politiques n'ont pas su résoudre. Parlons des jeunes. Parlons d'éducation, d'autorité, d'intégration, d'assimilation et de responsabilités.
Parlons de la France, tout simplement. Stop à la sémantique. Place à la véritable action !