Il faut être lucide, ce projet peut réussir mais uniquement si l’on sort du discours diplomatique classique et des illusions entretenues depuis des décennies.
L’Afrique ne pourra pas attirer durablement des investissements massifs sans s’attaquer frontalement à certains problèmes structurels. Corruption, clanisme, clientélisme, détournements de fonds et faiblesse des mécanismes de contrôle. Tant que ces réalités ne seront pas combattues sérieusement, une partie des investissements continuera à disparaître dans des circuits improductifs.
De son côté, la France doit aussi assumer une approche plus pragmatique et plus directe. D’autres puissances comme la Chine, la Turquie, la Russie ou certains pays du Golfe investissent en Afrique avec une logique simple, défendre avant tout leurs intérêts stratégiques, économiques et géopolitiques, souvent sans condition politique ou démocratique forte.
La France, elle aussi, a des intérêts en Afrique et il ne sert à rien de prétendre le contraire. Ces intérêts concernent : la stabilité régionale, les marchés économiques, les ressources stratégiques, les infrastructures, l’influence culturelle, et bien sûr l’avenir de la francophonie.
Mais ces intérêts français ne doivent pas être opposés aux intérêts africains. Au contraire, ils doivent converger autour d’un objectif commun, créer de la croissance, de l’emploi, des infrastructures solides, une agriculture modernisée et une montée en puissance des entreprises locales africaines.
Pour cela, il faudra rompre avec certaines pratiques du passé. Les financements ne peuvent plus être versés sans contrôle réel. Une partie importante des fonds devrait aller directement : aux entreprises, aux PME locales, aux coopératives agricoles, aux projets industriels, aux acteurs économiques capables de produire des résultats mesurables.
Et surtout, il devient indispensable de créer une structure indépendante de supervision, dotée de véritables pouvoirs de contrôle, d’audit et d’évaluation, travaillant avec les États africains mais aussi avec les acteurs locaux de terrain.
Le véritable partenariat ne consiste pas à distribuer de l’argent. Il consiste à construire des intérêts communs durables, dans lesquels l’Afrique se développe réellement et où la France conserve une relation stratégique forte, crédible et utile des deux côtés.