Le souverainisme français s’est perdu

Publié le 18 mai 2026 à 16:00

pour une défense sérieuse des souverainetés françaises

Triste spectacle que celui du souverainisme en France aujourd’hui. À un an de l’élection présidentielle, comme à chaque échéance majeure, les mêmes querelles reviennent inlassablement. Ce sera à nouveau la compétition du « plus souverainiste que moi », comme autrefois la lessive qui lavait « plus blanc que blanc ». Pendant que les uns et les autres rivalisent de slogans, le fond disparaît et avec lui toute crédibilité gouvernementale.

Depuis des années, les responsables du camp souverainiste ont eux-mêmes contribué à dénaturer ce combat pourtant essentiel. À force d’outrances, de caricatures, de polémiques permanentes et d’alignements absurdes sur des débats étrangers, le souverainisme est devenu dans l’esprit de beaucoup soit un folklore protestataire, soit un refuge pour complotistes, soit encore une simple caisse de résonance des passions autour de Vladimir Poutine ou de Donald Trump. Ce n’est pas cela, défendre la France.

Le souverainisme est une chose sérieuse. Il devrait être pensé comme une doctrine de gouvernement, non comme une posture médiatique. C’est précisément pour cette raison que je ne me réclame plus du souverainisme tel qu’il existe aujourd’hui. Je me définis comme bonapartiste.

Le bonapartisme n’est pas l’enfermement dans une case idéologique. Il est la défense des souverainetés françaises dans tous les domaines, avec pragmatisme, autorité et sens de l’État. Il ne consiste pas à s’isoler du monde, mais à garantir que les intérêts fondamentaux de la France ne soient jamais subordonnés à des intérêts extérieurs. Il ne s’agit pas de cultiver l’impuissance dans l’opposition permanente, mais de préparer l’exercice du pouvoir.

Car enfin, où sont les propositions concrètes ? À entendre nombre de responsables souverainistes, tout semble se résumer au Frexit. Mais un programme politique ne se construit pas uniquement autour d’une sortie de l’Union européenne. Les Français attendent des réponses sur leur quotidien : la santé, le pouvoir d’achat, l’insécurité, la crise du logement, la vieillesse, la désindustrialisation, l’agriculture, l’effondrement des services publics. Gouverner, c’est répondre à ces préoccupations-là.

Bien sûr, beaucoup de politiques nationales sont aujourd’hui contraintes par les traités européens. Il faut le dire honnêtement aux Français. Mais il faut aussi être capable de penser l’après, dans toutes les hypothèses.

Nous défendons l’idée d’un référendum sur l’avenir de la France au sein de l’Union européenne. Si les Français choisissaient de quitter l’Union, alors les conditions d’une restauration pleine et entière de nos souverainetés seraient plus simples à mettre en œuvre. Souveraineté nationale, souveraineté économique, souveraineté industrielle, souveraineté agricole, souveraineté énergétique, souveraineté populaire, souveraineté culturelle : toutes sont prioritaires, car elles sont liées les unes aux autres. Un peuple qui ne maîtrise plus son économie finit par perdre son indépendance politique. Une nation qui abandonne son agriculture dépend des autres pour se nourrir. Un pays qui ne protège plus sa culture finit par perdre jusqu’au sens de sa continuité historique.

Mais la vraie question, celle que trop peu osent poser, est la suivante : que faisons-nous si les Français décident de rester dans l’Union européenne ?

Le rôle d’un responsable politique n’est pas de mépriser le verdict populaire lorsqu’il ne lui convient pas. Si le maintien dans l’Union l’emportait, alors il faudrait engager un combat permanent pour défendre nos intérêts nationaux à l’intérieur même du cadre européen. Secteur par secteur. Branche par branche. Politique par politique.

Il faudrait regarder ce qui peut être protégé, ce qui peut être sauvé, ce qui peut être reconquis, et ce qui, parfois malheureusement, pourrait être cédé, mais jamais sans résistance.

Car contrairement à ce que certains prétendent, il existe encore des marges d’action pour les nations qui ont une volonté politique. Protection des secteurs stratégiques, contrôle des infrastructures critiques, politique énergétique nationale, défense de l’agriculture française, réindustrialisation, préférence pour les entreprises nationales dans certaines commandes publiques, protection culturelle et audiovisuelle : autant de domaines dans lesquels un État déterminé peut encore agir.

D’autres pays européens le font déjà avec beaucoup plus de fermeté que la France.

La souveraineté n’est donc pas un slogan. Elle n’est pas un concours de radicalité. Elle n’est pas davantage une nostalgie ou une colère permanente. La souveraineté est la capacité concrète d’un peuple à décider de son destin et à défendre ses intérêts dans un monde de rapports de force.

Le véritable clivage politique n’est plus entre ceux qui parlent le plus fort de la nation mais entre ceux qui sont capables de gouverner pour elle et ceux qui se contentent d’exploiter électoralement les frustrations françaises sans jamais préparer sérieusement l’exercice du pouvoir.

La France n’a pas besoin de postures. Elle a besoin d’un État fort, d’une vision claire, d’une stratégie de long terme et d’une défense constante de ses souverainetés, quelles que soient les contraintes du moment.

Voilà ce que devrait être aujourd’hui une ligne bonapartiste : non pas le culte de la nostalgie mais l’organisation du redressement national.