Pour une République des proximités et de l'égalité

Publié le 6 juin 2026 à 16:00

À chaque crise démocratique, à chaque difficulté de l'action publique, à chaque fracture territoriale, la même réponse revient : davantage de décentralisation. Certains proposent aujourd'hui une nouvelle étape de transfert de compétences vers les régions, au nom d'une prétendue « République des territoires ». Je ne partage pas cette orientation.

Depuis plus de quarante ans, notre pays a multiplié les réformes territoriales, créé de nouvelles structures, déplacé les compétences d'un échelon à l'autre et complexifié son organisation administrative. Pourtant, les Français n'ont pas le sentiment que l'action publique est devenue plus simple, plus efficace ou plus proche d'eux. Bien au contraire.

Le problème de la France n'est pas un manque de décentralisation. Le problème est l'enchevêtrement institutionnel, la dilution des responsabilités et l'éloignement croissant des centres de décision.

Il est temps d'engager un mouvement inverse : celui de la simplification.

Je défends pour ma part une organisation territoriale reposant sur un triptyque clair et lisible : les communes, les départements et l'État.

Les communes constituent le socle de notre démocratie. Elles sont le premier lieu de l'engagement citoyen, celui où les élus connaissent les réalités du terrain et où les habitants identifient clairement les responsables publics.

Les départements, quant à eux, correspondent souvent aux bassins de vie réels de nos concitoyens. Ils disposent d'une cohérence géographique, historique et humaine qui en fait un échelon pertinent pour conduire les politiques de proximité. C'est pourquoi je considère qu'ils devraient récupérer l'essentiel des compétences aujourd'hui exercées par les régions.

À l'inverse, les grandes régions issues des réformes récentes apparaissent souvent trop vastes, trop éloignées des citoyens et insuffisamment ancrées dans les réalités quotidiennes des territoires qu'elles administrent.

À force de transferts de compétences, certains présidents de région se sont progressivement mués en quasi-proconsuls territoriaux. Ils réclament toujours plus de pouvoirs, toujours plus d'autonomie, comme si l'avenir de la France résidait dans l'émergence de baronnies régionales.

Je ne partage pas cette vision. La France est une République une et indivisible. Les collectivités ont vocation à administrer les territoires, non à se substituer à l'État.

Cette dérive institutionnelle nourrit l'illusion selon laquelle chaque région pourrait définir sa propre trajectoire politique, économique ou administrative. Or la force de notre modèle républicain repose précisément sur l'existence d'un cadre commun garantissant à chaque citoyen les mêmes droits et les mêmes devoirs, quel que soit son lieu de résidence.

La proximité de décision est utile, mais elle ne doit pas conduire à une France où les politiques publiques varient trop fortement d'un territoire à l'autre. L'égalité républicaine doit rester la priorité.

De la même manière, les communautés de communes et les multiples structures intercommunales ont progressivement ajouté un niveau administratif supplémentaire, souvent mal identifié par les citoyens. Cette accumulation d'échelons a rendu l'action publique moins lisible et plus coûteuse. Les responsabilités se confondent, les décisions se dispersent et les habitants ne savent plus qui décide réellement.

Il faut avoir le courage de remettre en question ce modèle. La suppression des communautés de communes et la clarification des compétences au profit des communes et des départements permettraient de redonner de la cohérence à notre organisation territoriale.

Cette simplification implique également de tourner la page de la loi NOTRe. Présentée comme une réforme de rationalisation, elle a surtout contribué à éloigner les centres de décision et à renforcer des structures dont la légitimité démocratique demeure fragile.

Pour autant, défendre la proximité ne signifie pas affaiblir l'État. Bien au contraire.

La France a besoin d'un État fort, présent et efficace sur l'ensemble du territoire national. Non pas un État centralisateur qui décide de tout depuis Paris, mais un État réellement déconcentré, capable d'agir rapidement au plus près du terrain tout en garantissant l'unité de la République.

C'est pourquoi je plaide pour une déconcentration renforcée de l'État. Les préfets, les sous-préfets et les services territoriaux doivent disposer de davantage de moyens, de responsabilités et de capacités d'action. Les décisions opérationnelles doivent être prises localement lorsque cela est pertinent, mais dans le cadre d'une stratégie nationale claire et cohérente.

L'enjeu n'est pas de construire une France des territoires concurrents ou des pouvoirs locaux autonomes. L'enjeu est de bâtir une République à la fois proche et unie, capable de répondre aux attentes des citoyens sans renoncer à son principe fondamental d'égalité.

La confiance des Français ne sera pas restaurée par une fuite en avant régionaliste. Elle le sera par une organisation plus simple, plus lisible et plus efficace, fondée sur des communes fortes, des départements renforcés et un État déconcentré pleinement présent dans les territoires.

C'est ainsi que nous réconcilierons proximité démocratique, efficacité publique et égalité républicaine.