Immigration, reprendre la main sans renoncer à la République

Publié le 16 juin 2026 à 11:33

Le débat français sur l'immigration est prisonnier d'une fausse alternative. D'un côté, ceux qui expliquent que toute volonté de maîtrise des flux serait nécessairement suspecte. De l'autre, ceux qui considèrent qu'il faudrait rompre avec l'ensemble de notre tradition républicaine pour retrouver le contrôle. Cette opposition rassure les militants, elle ne répond plus aux attentes des Français.

Deux ouvrages récents, pourtant très différents, nous aident à sortir de cette impasse.

Patrick Weil, dans De l'immigration en France, rappelle que la France a surtout perdu sa capacité à gouverner. Les lois se sont accumulées, les compétences se sont dispersées, les procédures se sont complexifiées. L'État donne le sentiment de promettre beaucoup et d'exécuter peu.

Nicolas Pouvreau-Monti, dans Immigration, mythes et réalités, souligne quant à lui que le débat public a trop souvent minimisé certaines évolutions. L'augmentation des flux, leurs effets différenciés selon les territoires, les tensions qu'ils peuvent créer sur l'école, le logement ou certains services publics.

Je ne partage pas toutes leurs conclusions. Mais je crois qu'ils posent chacun une question à laquelle il faut répondre.

Oui, nous devons retrouver une capacité de maîtrise. Oui, nous devons regarder les réalités démographiques en face. À partir de là, une autre voie devient possible : celle d'une République lucide, capable d'assumer des choix clairs sans renier ses principes.

Un moratoire ciblé pour reprendre notre souffle ...

Je défends l'idée d'un moratoire ciblé et temporaire sur certaines catégories de flux migratoires qui exercent les plus fortes pressions sur nos capacités d'intégration. Il ne s'agit ni d'arrêter toute immigration ni de tourner le dos à nos obligations internationales.

L'asile politique, lorsqu'il répond aux critères du droit international, doit continuer à être protégé. Les étudiants dont la France a besoin doivent pouvoir être accueillis. Les compétences rares nécessaires à notre économie doivent continuer à être attractives. Mais il faut avoir l'honnêteté de reconnaître qu'une nation a aussi le droit de dire : nous avons besoin d'une période de stabilisation pour mieux intégrer ceux qui sont déjà là.

Le moratoire n'est pas une punition. C'est un instrument de régulation.

Faire de la francophonie un levier d'intégration ...

Nous avons un atout immense que nous sous-estimons : la francophonie. La maîtrise du français est le premier vecteur d'intégration.

Je propose donc de faire de l'appartenance à l'espace francophone un critère positif dans certaines politiques d'admission. Non par préférence ethnique ou géographique, mais parce qu'une langue commune facilite l'insertion professionnelle, la réussite scolaire des enfants et l'adhésion aux codes civiques.

La France doit redevenir la maison d'une francophonie exigeante et ambitieuse. Cela implique d'investir davantage dans les réseaux culturels, les alliances françaises, les partenariats universitaires et les formations linguistiques.

Une diplomatie ferme pour rendre effectives les OQTF ...

L'un des principaux facteurs de défiance réside dans l'écart entre la règle affichée et son application.

Une obligation de quitter le territoire français qui n'est pas exécutée affaiblit l'autorité de l'État. La réponse ne réside pas uniquement dans de nouvelles lois. Elle suppose une diplomatie beaucoup plus offensive.

Les accords de coopération, les politiques de visas, les partenariats économiques doivent intégrer une exigence claire de réadmission des ressortissants concernés. Les États qui coopèrent doivent être accompagnés. Ceux qui refusent systématiquement de délivrer les laissez-passer consulaires doivent savoir que cela aura des conséquences.

Une politique migratoire crédible commence aussi à l'extérieur de nos frontières.

Préserver le droit du sol ...

Je refuse que la maîtrise des flux conduise à remettre en cause les fondements de notre pacte républicain. Le droit du sol fait partie de l'histoire française.

Il a permis à des générations d'enfants nés sur notre territoire de devenir pleinement français sans rester enfermés dans une identité héritée de leurs origines. Le fragiliser serait une erreur, être français ne doit pas devenir une affaire de sang ou d'ascendance.

En revanche, le droit du sol doit continuer à s'accompagner d'une exigence : l'adhésion aux principes de la République, la connaissance de la langue et le respect des règles communes.

Une intégration qui redevient une ambition nationale ...

L'intégration ne peut plus être un mot vide, elle suppose :

• un apprentissage renforcé du français ;

• une politique de mixité territoriale ;

• une lutte déterminée contre les ghettos ;

• l'accès au travail ;

• une exigence civique assumée ;

• des cérémonies d'accès à la nationalité qui redonnent du sens à l'appartenance française.

On ne construit pas une nation par la seule juxtaposition des populations, on la construit autour d'un projet partagé.

Sortir des caricatures ...

On me dira que cette position est contradictoire.Trop ferme pour les uns, pas assez radicale pour les autres. Je crois au contraire qu'elle correspond à ce que beaucoup de Français pensent déjà.

Ils veulent que les règles soient appliquées.

Ils veulent que les flux soient maîtrisés.

Ils veulent que la France demeure fidèle à sa tradition d'asile.

Ils veulent préserver le droit du sol.

Ils veulent une intégration exigeante.

Ils refusent autant le déni que les surenchères.

Au fond, le choix n'est pas entre l'ouverture naïve et la fermeture brutale, le véritable choix est entre une République qui subit et une République qui décide.

Je choisis une République qui décide. Une République qui protège sans exclure. Une République qui accueille sans renoncer à elle-même. Une République suffisamment sûre de ses principes pour regarder la réalité en face et suffisamment fidèle à son histoire pour ne jamais céder à la facilité des passions.