Français

Publié le 17 juin 2026 à 08:00

Hier soir l'équipe de France de football a commencé la coupe du monde en affrontant le Sénégal. Outre les propos du président de l'assemblée nationale sénégalaise : "quelque soit le résultat, c'est l'Afrique qui gagne", nous avons eu droit sur les réseaux sociaux aux habituels délires et insultes des "identitaires" revenant sur les origines de tous les joueurs de l'équipe de France ... Voilà ce que j'en ai tiré.

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Quand devient-on simplement français ?

C'est une question que je pose régulièrement et à laquelle notre débat public répond très mal.

À partir de quand considère-t-on qu'un jeune – ou un moins jeune – est pleinement français et non plus simplement « issu de l'immigration » ?

Car si l'on continue à désigner ainsi des personnes nées en France, scolarisées en France, parlant français, parfois enfants ou petits-enfants de Français eux-mêmes nés dans notre pays, alors à quel moment deviennent-elles simplement françaises ? Cette interrogation est essentielle, parce qu'elle touche au cœur même de notre conception de la nation.

On ne peut pas affirmer que l'assimilation est possible et souhaitable tout en refusant qu'elle aboutisse un jour. Une assimilation qui ne débouche jamais sur une appartenance pleine et entière cesse d'être une promesse ; elle devient une épreuve sans fin. Nous demandons à certains d'adopter les codes de la société française, de respecter ses lois, d'en partager les principes, d'en faire leur patrie. Mais si, malgré cela, nous continuons à les définir avant tout par les origines de leurs parents ou de leurs grands-parents, alors nous envoyons un message contradictoire : quoi que vous fassiez, vous resterez toujours à part.

Pourtant, la tradition bonapartiste comme la tradition gaulliste proposent une autre vision de la France. Elles ne réduisent pas la nation à une origine, à une race ou à une religion. Elles conçoivent la France comme une communauté historique et politique, façonnée par l'État, par l'histoire et par la volonté de partager un destin commun.

Napoléon voulait ouvrir une carrière aux talents sans considération des naissances. De Gaulle, lui, ne demandait pas aux Français d'où ils venaient ; il leur demandait ce qu'ils étaient prêts à accomplir ensemble au service d'une certaine idée de la France.

Dans les deux cas, la nation n'est pas une addition de communautés juxtaposées. Elle est une œuvre collective qui dépasse les appartenances particulières. Cela ne signifie pas qu'il faille nier les difficultés d'intégration, les phénomènes de séparatisme ou l'existence d'une minorité qui rejette explicitement la France et ses principes. Il serait irresponsable de fermer les yeux sur cette réalité. Mais cette minorité ne doit pas faire oublier tous ceux qui cherchent sincèrement leur place dans le récit national. Tous ceux qui veulent travailler, transmettre, réussir, contribuer et appartenir pleinement à la communauté nationale.

C'est aussi pour cette raison que, contrairement à certains, je ne suis pas opposé au droit du sol. Je suis opposé à une conception automatique et dénuée de toute démarche d'adhésion. Je suis favorable à une application exigeante du droit du sol, proche de celle qu'avait instaurée la loi Pasqua de 1993. Cette loi n'abolissait pas le droit du sol, elle rappelait simplement qu'être français n'était ni un simple automatisme administratif ni une fatalité biologique. Être né en France ouvrait un droit ; encore fallait-il manifester, au moment de la majorité, sa volonté de devenir français, accepter les devoirs attachés à cette qualité et ne pas avoir gravement contrevenu aux lois de la République. Cette approche me paraît fidèle à l'esprit du bonapartisme comme du gaullisme.

La France n'est ni une salle d'attente où l'on demeure éternellement en transit, ni une forteresse ethnique dont les portes resteraient définitivement closes. Elle est un héritage à recevoir et une fidélité à construire. Elle exige des devoirs mais en retour, elle doit offrir une appartenance pleine et entière car l'assimilation n'est pas une salle d'attente, c'est une porte. Et une porte n'a de sens que si elle peut être franchie.

Si nous estimons qu'aucun effort n'est jamais suffisant, que l'étiquette de « l'immigration » se transmet de génération en génération sans jamais s'effacer, alors nous condamnons l'assimilation à l'échec avant même qu'elle n'ait commencé. Une nation ne se construit pas seulement en désignant ceux qu'elle exclut. Elle se construit aussi en sachant reconnaître comme siens ceux qui choisissent sincèrement d'en partager le destin.

La véritable question n'est donc pas : « D'où viens-tu ? » La véritable question est : « Veux-tu faire tien le destin de la France ? » Et si la réponse est oui, alors il faut avoir le courage de le dire clairement :

Tu es français. Non pas sous condition permanente. Non pas à moitié. Français, tout simplement.