Ne faisons pas payer les retraités, faisons contribuer les importations
Face aux difficultés de financement de notre protection sociale, le Medef propose de faire davantage contribuer les retraités. Cette solution me paraît être une erreur de diagnostic.
Le véritable problème est que notre modèle social repose encore très largement sur le travail produit en France. Chaque entreprise qui emploie, produit et investit sur notre territoire finance la protection sociale via les cotisations. En revanche, un produit fabriqué à l'autre bout du monde et vendu sur notre marché y contribue beaucoup moins directement.
Plutôt que d'opposer actifs et retraités, il serait plus judicieux d'alléger les cotisations pesant sur le travail en les compensant par une contribution sur les produits finis importés. Cette logique s'inscrit dans l'esprit des analyses de Maurice Allais, qui dénonçait déjà les effets d'un libre-échange sans règles entre des économies aux niveaux sociaux et salariaux très différents.
Une telle réforme permettrait de renforcer la compétitivité de nos entreprises, d'encourager les relocalisations et de faire participer davantage les importations au financement de notre modèle social.
Pourquoi cette solution n'est-elle jamais réellement débattue ? Parce qu'elle se heurte au cadre juridique actuel de l'Union européenne. Le marché unique, issu notamment de l'Acte unique européen, interdit aux États membres de traiter différemment un produit importé d'un produit fabriqué sur leur territoire. Autrement dit, la France ne peut pas instaurer seule un tel mécanisme.
Le débat mérite pourtant d'être posé. Devons-nous continuer à faire peser le financement de notre protection sociale sur les actifs et les retraités français, ou accepter enfin que les produits issus de la mondialisation contribuent eux aussi à l'effort collectif ?
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