Défendre le français, construire l'Union francophone voilà ce que j'ai exposé à l'ambassadeur Albert Salon lors de mon passage dans son émission sur Radio Courtoisie "le français en partage".
La langue française est un patrimoine vivant. Elle n'appartient ni à un pays, ni à un gouvernement, ni à une génération. Elle appartient à tous ceux qui la parlent, l'enseignent, la créent et la transmettent. Sa défense est donc l'affaire de tous. Mais défendre le français ne consiste pas seulement à déplorer son recul ou à célébrer son histoire. Une langue ne rayonne que lorsqu'elle est utile, vivante et porteuse d'avenir.
En France, nous devons être exemplaires. La langue de la République doit demeurer celle de nos institutions, de nos universités, de nos entreprises et de nos grands événements. Aux Jeux olympiques, dont le français est langue officielle, à l'Organisation des Nations unies, où il est l'une des six langues officielles, ou encore au sein de l'Union européenne, où il est l'une des langues des traités, le français doit être défendu avec constance. Il ne s'agit pas de s'opposer à l'anglais ou à toute autre langue, mais de faire respecter le plurilinguisme et les engagements internationaux.
Cette responsabilité ne revient pas uniquement à la France. Elle est aussi celle de la Belgique, de la Suisse, du Canada, du Maroc, de la Côte d'Ivoire, de la République démocratique du Congo, du Sénégal, de Madagascar, du Liban, du Vietnam et, plus largement, de tous les peuples qui ont choisi le français comme langue de savoir, de dialogue et d'ouverture.
Mais protéger une langue ne suffit plus. Il faut lui donner un projet. Je crois venu le temps de bâtir une Union francophone, c'est à dire une communauté de nations souveraines, libres et égales, unies non par la nostalgie du passé mais par une ambition commune pour l'avenir.
Cette Union ne remettrait en cause aucune souveraineté. Chaque État conserverait ses institutions, sa Constitution, son armée et sa politique nationale. En revanche, nous choisirions d'agir ensemble là où notre langue commune est une force : l'enseignement supérieur, la mobilité étudiante, la reconnaissance des diplômes, la recherche, l'innovation, les investissements, la coopération économique, la diplomatie et la sécurité.
Cette Union pourrait s'organiser autour de sept grands pôles régionaux : la France pour l'Europe, le Maroc pour le Maghreb, la Côte d'Ivoire pour l'Afrique de l'Ouest, Madagascar pour l'Afrique de l'Est et l'océan Indien, le Vietnam pour l'Asie, le Québec pour les Amériques et le Liban pour le Moyen-Orient. Les territoires ultramarins constitueraient autant de relais stratégiques entre ces différents espaces, donnant à la Francophonie une présence sur tous les océans.
Le XXIᵉ siècle verra la Francophonie changer de visage. Son centre de gravité sera de plus en plus africain, tout en restant présent en Europe, dans les Amériques, au Moyen-Orient et en Asie. Cette diversité est une force. À nous de la transformer en puissance collective.
Défendre le français, ce n'est pas défendre une nostalgie. C'est préparer l'avenir. C'est faire de notre langue un espace de liberté, de coopération et d'innovation. Le français a été une langue d'histoire. Il peut redevenir une langue de projet.
À condition que nous ayons l'audace de le vouloir, ensemble.