La lecture de ""Out of Africa – Chronique d’un divorce franco-africain"", ouvrage du colonel Peer de Jong et de Frédéric Lejeal, est une invitation à regarder avec lucidité l’état de la relation entre la France et l’Afrique.
Je ne découvre pas aujourd’hui la valeur de l'analyse du colonel de Jong. J’ai eu l’honneur de servir sous ses ordres lorsqu’il commandait le 3e Régiment d’infanterie de marine, notamment en ex-Yougoslavie et au Tchad. J’ai pu mesurer directement son professionnalisme, sa rigueur, son sens du commandement mais aussi sa profonde connaissance du terrain africain. Son regard n’est pas celui d’un observateur éloigné, il est celui d’un homme qui a vécu, et qui vit encore de par ses activités, les réalités humaines, militaires et politiques du continent. C’est pourquoi ses analyses méritent d’être entendues.
Dans ""Out of Africa"", le colonel de Jong dresse un constat clair. La France a progressivement perdu une partie de son influence en Afrique non pas uniquement sous l’effet des stratégies d’autres puissances mais aussi en raison de ses propres erreurs. Pendant trop longtemps, certains responsables français, présidents de la République, conseillers de présidents ou autres, ont continué à aborder l’Afrique avec des schémas hérités du passé, sans suffisamment comprendre les transformations profondes des sociétés africaines, de leurs peuples et de leurs aspirations.
L’Afrique d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier. Elle est diverse, souveraine, ambitieuse et elle attend désormais de la France autre chose qu’une relation verticale, elle attend un véritable partenariat. La France doit donc avoir le courage de changer de méthode. Elle doit abandonner toute forme de condescendance et retrouver une relation fondée sur le respect mutuel, l’écoute et l’intérêt partagé.
C’est dans cet esprit que je défends une nouvelle ambition.
D’abord, développer des relations bilatérales fortes avec les États, francophones ou non, qui souhaitent construire avec nous un avenir commun. Ces partenariats doivent être fondés sur le principe du gagnant-gagnant, autour de sujets concrets : formation, développement économique, sécurité, énergie, innovation et échanges humains.
Ensuite, bâtir une véritable Union francophone. Non pas une organisation tournée vers la nostalgie d’un passé révolu mais une communauté d’avenir, rassemblant des nations souveraines autour d’une langue, d’une culture, d’intérêts communs et d’une volonté politique partagée.
Cette reconstruction ne pourra se faire qu’avec des femmes et des hommes qui connaissent réellement l’Afrique. Nous avons besoin d’experts du terrain, de femmes et d’hommes capables d’écouter, de comprendre et de proposer. Une grande politique ne peut pas être conduite uniquement depuis des bureaux, elle doit partir du réel.
La France doit retrouver une ambition internationale à la hauteur de son histoire et de ses responsabilités. Elle doit défendre ses intérêts sans arrogance, dialoguer sans faiblesse et construire sans imposer. Dans un monde marqué par la compétition des puissances, notre pays peut porter une voie différente : celle d’une relation équilibrée entre nations libres, fondée sur la confiance, la souveraineté et la réciprocité.
L’Afrique n’est pas un continent du passé. Elle est l’un des grands continents du XXIe siècle. La question est simple : voulons-nous construire cet avenir avec elle, ou accepter que d’autres le construisent à notre place ?