Il fallait oser.
Après avoir accompagné un client pendant vingt, trente, quarante ou cinquante ans, après lui avoir facturé des frais de tenue de compte, des cartes bancaires, des commissions, des crédits, des assurances et parfois une multitude de services, certaines banques considèrent encore qu’au moment de son décès il reste une dernière facture à présenter à ses héritiers.
Puisqu’elles invoquent le coût du traitement d’une succession, poussons donc leur logique jusqu’au bout.
Au moment de clôturer le compte, demandons aussi combien ce client leur aura rapporté pendant toute sa vie bancaire. Combien ses dépôts, son épargne, ses placements, ses crédits et l’ensemble des services facturés auront contribué à leur activité et à leurs bénéfices ?
Bien entendu, les héritiers ne peuvent juridiquement réclamer les profits réalisés par la banque mais la question permet de mettre en lumière l’absurdité du raisonnement. Pourquoi ne comptabiliser que ce que coûterait le client une fois mort, et jamais ce qu’il aura rapporté lorsqu’il était vivant ?
Une banque n’est pas une œuvre philanthropique, personne ne lui demande de l’être. Elle rend des services, elle les facture et elle réalise des bénéfices, c’est parfaitement légitime.
Mais il doit bien exister une limite et cette limite devrait être la mort.
Clôturer un compte courant, établir un solde et transmettre les fonds aux héritiers ne doit pas devenir une ultime opération commerciale. La mort d’un client ne peut pas être un produit bancaire supplémentaire.
Je défends donc un principe extrêmement simple : pas de bénéfice sur la mort !
Les opérations ordinaires liées à la clôture des comptes d’un défunt doivent être gratuites. Si une succession présente une véritable complexité nécessitant un travail exceptionnel, alors des frais peuvent éventuellement être envisagés, mais ils doivent être justifiés, transparents et strictement plafonnés.
Les banques veulent faire les comptes ? Faisons-les.
Mais depuis le premier jour où le client a franchi leur porte, pas seulement à partir de celui où il est entré au cimetière.