Le débat entre Matthieu Pigasse et Jordan Bardella sur l’annulation d’une partie de la dette publique illustre surtout une chose, chacun répond à une partie du problème, mais aucun ne va réellement au cœur du sujet.
Matthieu Pigasse a raison de rappeler que toute dette publique n’est pas comparable à une dette privée et que la dette détenue par des institutions publiques possède des caractéristiques particulières. Mais présenter une annulation comme une solution sans conséquence revient à oublier un élément essentiel, une économie repose aussi sur la confiance et la crédibilité de la parole de l’État.
Jordan Bardella a raison de rappeler qu’il n’existe pas d’argent magique et qu’une dette excessive limite les marges de manœuvre d’un pays. Mais la seule réduction comptable des dépenses ne suffira pas non plus. Une dette peut être légitime lorsqu’elle finance l’investissement, la réindustrialisation, la recherche, l’énergie ou les infrastructures qui prépareront l’avenir.
Le vrai problème n’est donc ni seulement la dette elle-même, ni la possibilité technique d’en effacer une partie. Le vrai problème est une France qui accumule des déficits depuis des décennies, souvent pour financer son fonctionnement courant plutôt que pour investir dans sa puissance économique.
Pour sortir de cette spirale, il faut agir sur plusieurs leviers :
* réduire les dépenses inefficaces : supprimer les doublons administratifs, évaluer les agences publiques et recentrer l’action de l’État sur ses missions essentielles ;
* lutter réellement contre les fraudes fiscales et sociales qui représentent des pertes considérables pour les finances publiques ;
* réorienter les aides publiques vers l’investissement, l’emploi, l’innovation et la souveraineté économique, plutôt que vers des dispositifs sans évaluation ;
* relancer la production nationale : industrie, agriculture, énergie, technologies stratégiques car un pays qui produit crée des recettes et réduit naturellement le poids de sa dette ;
* mobiliser davantage l’épargne française vers l’économie productive plutôt que de dépendre uniquement des capitaux extérieurs ;
* réformer la fiscalité sans étouffer l’activité en privilégiant la création de richesses plutôt que la multiplication des prélèvements.
La dette n’est pas seulement un problème de chiffres dans un tableau Excel. Elle est le symptôme d’un modèle économique qui doit retrouver un équilibre entre solidarité, efficacité et puissance.
La véritable question n’est donc pas : « peut-on effacer une partie de la dette ? » ou « faut-il uniquement réduire les dépenses ? ». La vraie question est : comment faire en sorte que la France produise suffisamment de richesses pour ne plus avoir besoin de vivre durablement à crédit ?