Oui, la France d’une certaine époque a participé à la traite négrière et pratiqué l’esclavage. Cela doit être enseigné, expliqué et assumé sans détour. Mais si l’ONU entend ouvrir le grand livre des responsabilités historiques et, plusieurs siècles plus tard, en tirer le principe de réparations, alors il faudra avoir le courage d’ouvrir toutes les pages de ce livre.
Il faudra parler de la traite transatlantique européenne, bien sûr. Mais aussi de la traite arabo-musulmane, qui s’est étendue sur des siècles et qu’Ibrahim Traoré, président du Burkina Faso, vient lui-même de remettre publiquement sur la table.
Il faudra également regarder le rôle de certains royaumes, États et intermédiaires africains qui pratiquaient eux-mêmes l’esclavage, capturaient des populations ou vendaient des captifs aux négriers. Non pour exonérer les Européens de leurs responsabilités, mais simplement parce que l’Histoire n’a pas à être découpée en fonction des culpabilités que l’on souhaite aujourd’hui désigner.
Et surtout, peut-être serait-il temps de regarder le présent. Selon les dernières estimations mondiales de l’OIT, de l’OIM et de Walk Free, près de 50 millions de personnes vivaient encore dans une situation qualifiée d’esclavage moderne. Voilà un scandale qui mérite toute l’énergie de la communauté internationale.
Je refuse donc deux choses : l’amnésie historique et la culpabilité héréditaire.
La France doit assumer ce qu’elle a été, dans ses ombres comme dans ses lumières. Mais les Français de 2026 n’ont pas à porter éternellement une dette financière pour les crimes commis par des hommes morts depuis plusieurs siècles car si nous commençons à faire hériter chaque peuple des dettes morales et financières de toutes les générations qui l’ont précédé, où arrêtons-nous ?
Toutes les nations ont dans leur histoire des guerres, des conquêtes, des massacres, des persécutions ou des formes d’asservissement. Nous créerions alors non pas une justice réparatrice mais une justice permanente entre les peuples, avec des créanciers et des débiteurs pour l’éternité.
La mémoire doit éclairer l’avenir, elle ne doit pas devenir une comptabilité sans fin des fautes des ancêtres.