Non monsieur Retailleau, la souveraineté ce n'est pas à la carte

Publié le 4 septembre 2026 à 14:00

La souveraineté ne se décrète pas « dans certains cas ». Elle ne se découpe pas en tranches selon les circonstances politiques du moment.

La proposition de Bruno Retailleau a le mérite de remettre la question de la souveraineté au cœur du débat, mais elle reste enfermée dans une contradiction, celle d'accepter le cadre européen tout en demandant quelques exceptions au droit européen. Or la souveraineté, par définition, ne se partage pas, ne se limite pas et ne se délègue pas définitivement. Une Nation souveraine peut choisir de coopérer, de signer des accords, de travailler avec ses partenaires, mais elle doit conserver le pouvoir de décider en dernier ressort.

Philippe Séguin l’avait rappelé avec force lors de son discours du 5 mai 1992 sur le traité de Maastricht :

« La souveraineté est un absolu. La souveraineté partagée comme la souveraineté limitée sont autant d’expressions pour signifier qu’il n’y a plus du tout de souveraineté. »

Toute la différence est là. Pour Philippe Séguin, il ne s’agissait pas de réclamer quelques dérogations à un système accepté par principe, mais de poser une question fondamentale, qui décide ? Le peuple français ou des normes supérieures échappant largement au contrôle démocratique national ?

La souveraineté à la carte n’est pas la souveraineté. C’est une souveraineté sous condition, une souveraineté encadrée, une souveraineté symbolique.

La France n’a pas besoin d’une autorisation pour être souveraine. Elle a besoin de retrouver la maîtrise de ses choix fondamentaux, économiques, juridiques, agricoles, industriels, migratoires et diplomatiques.

La vraie question européenne n’est donc pas seulement de savoir comment aménager le cadre existant, mais de demander clairement aux Français quel avenir ils veulent pour leur Nation car une République digne de ce nom doit garder une certitude, celle qu' au-dessus des institutions, au-dessus des traités, au-dessus des normes, il y a le peuple français.

La coopération entre nations souveraines est possible et même nécessaire. La disparition progressive de la capacité d’un peuple à décider pour lui-même ne l’est pas.