La disparition, il y a quelques jours, de Robin Faveyrolles est une douleur immense pour sa famille, ses proches, ses camarades et tous ceux qui ont partagé son engagement sous l’uniforme.
Ce jeune soldat du 13e régiment du génie avait choisi de servir la France. Il avait connu les missions opérationnelles, Comme tant d’autres militaires, il avait accepté les risques, la fatigue, l’éloignement, la confrontation avec la violence et la mort.
Sa disparition est une tragédie personnelle mais elle doit aussi nous interroger collectivement car derrière chaque suicide d’un militaire, derrière chaque soldat qui sombre dans le silence, il y a une question que notre Nation doit avoir le courage de regarder en face. Avons-nous fait tout ce qui était nécessaire pour accompagner ceux qui ont accepté de porter les armes pour nous protéger ?
La reconnaissance du syndrome de stress post-traumatique (SPT) par les armées françaises constitue une avancée majeure. Il faut saluer le travail réalisé aujourd’hui par le Service de santé des armées, par les psychologues et psychiatres militaires, ainsi que par les structures d’accompagnement comme la Cellule d’aide aux blessés de l’armée de Terre (CABAT).
Longtemps pourtant, ces blessures invisibles n’ont pas été suffisamment prises en compte. Cette reconnaissance institutionnelle est finalement récente. Cela signifie que des générations de militaires engagés dans les opérations extérieures, et je ne parle pas de ceux engagés en Indochine eten Algérie, je parle des Opex, au Liban, dans les Balkans, en Afrique ou ailleurs, ont parfois vécu des événements d’une extrême violence sans bénéficier d’un véritable accompagnement psychologique au retour. Beaucoup ont repris une vie normale en apparence, en portant pourtant des traumatismes profonds. Certains n’ont jamais été identifiés, jamais suivis, parfois même laissés seuls face à leurs souffrances. Le soldat était encore trop souvent celui qui devait « tenir », ne pas montrer ses faiblesses, continuer d’avancer.
Les mentalités ont heureusement évolué. L’armée sait désormais qu’une blessure ne se limite pas à une plaie visible ou à une invalidité physique. Voir la mort, côtoyer la violence, vivre dans la peur permanente, perdre un camarade, tout cela peut laisser des traces durables.
Mais il reste un angle mort majeur, le retour à la vie civile. Tant qu’un militaire appartient aux armées, il bénéficie d’un environnement, d’un commandement, de camarades, d’un service de santé et de structures dédiées. Mais une fois devenu un ancien militaire, le lien institutionnel se distend. Certains se retrouvent alors seuls face à leurs difficultés, parfois des années après leur engagement.
Notre pays ne peut pas considérer que sa responsabilité s’arrête au moment où un soldat quitte l’uniforme. Les associations d’anciens combattants et d’aide aux blessés accomplissent un travail remarquable. Elles sont souvent en première ligne, avec une immense générosité mais elles ne peuvent pas, à elles seules, porter une mission qui relève de la Nation.
C’est pourquoi je défends la création, dans chaque département, d’une Maison des Vétérans, là où aujourd'hui il n'existe que 6 maisons Athos ouvertes en France pour un objectif affiché de 10 ...
Ces maisons seraient un lieu accessible, identifié, où chaque ancien militaire pourrait trouver :
* une écoute ;* un accompagnement psychologique ;* un soutien médical ;* une aide sociale et administrative ;* un hébergement ;* un lien avec les structures militaires et civiles adaptées.
Un lieu où un ancien soldat pourrait pousser une porte sans avoir à expliquer seul son parcours, ses blessures ou ses difficultés.
La France a créé le Titre de Reconnaissance de la Nation pour honorer ceux qui ont servi. Cette reconnaissance ne doit pas être uniquement symbolique ou limitée dans le temps. Elle doit accompagner le militaire tout au long de sa vie, jusqu’à ses derniers instants.
Servir la France est un engagement qui ne s’efface pas lorsque l’uniforme est rangé dans une armoire. La Nation doit être présente pour ses soldats lorsqu’ils combattent, lorsqu’ils reviennent mais aussi lorsque, parfois, des années plus tard, les blessures invisibles ressurgissent.
La fidélité de la France envers ceux qui l’ont servie se mesure aussi à sa capacité à ne laisser aucun de ses anciens militaires affronter seul ses combats intérieurs.