La question de l’avenir de la Polynésie française ne peut pas être réduite à un simple débat institutionnel autour de l’autodétermination. Elle touche à quelque chose de beaucoup plus profond, elle touche à notre conception de la France, de son histoire, de sa présence dans le monde et de son avenir.
La Polynésie française n’est pas seulement un territoire éloigné au milieu du Pacifique. Elle est une partie intégrante de cette France maritime qui fait de notre pays une puissance mondiale. Par son immense zone économique exclusive, par sa position géographique, par son rôle dans l’équilibre du Pacifique, elle représente un enjeu stratégique majeur. Mais elle est aussi bien davantage, elle est un territoire humain, culturel, écologique et économique dont la France doit accompagner l’avenir.
Le Pacifique est l’un des grands espaces du XXIᵉ siècle. Les enjeux liés au changement climatique, à la protection des océans, à la gestion des ressources marines, aux nouvelles énergies et au développement durable concernent directement les territoires insulaires. La Polynésie peut devenir un véritable laboratoire français de la préservation des océans, de la recherche scientifique et d’un développement respectueux de son environnement exceptionnel.
Elle peut aussi être un formidable point d’appui pour une grande politique française dans le Pacifique. Autour d’elle existent de nombreux petits États insulaires qui cherchent des partenariats équilibrés, des coopérations et des soutiens face aux bouleversements auxquels ils sont confrontés. La France, grâce à la Polynésie, peut porter une voix singulière, celle d’une puissance d’équilibre, capable d’agir avec ses voisins non pas dans une logique de domination mais dans une logique de respect, de coopération et de solidarité.
Cette ambition suppose évidemment d’écouter les aspirations exprimées localement. La France doit savoir reconnaître les blessures du passé, notamment celles liées aux essais nucléaires et construire une relation renouvelée avec les Polynésiens. Mais écouter ne signifie pas oublier ce que nous sommes. L’avenir de la Polynésie doit être pensé avec les Polynésiens mais aussi dans le cadre d’une histoire commune qui lie ce territoire à la France.
Les débats internationaux autour de l’autodétermination montrent également la nécessité d’une réflexion lucide sur le rôle des organisations internationales. L’ONU a une vocation essentielle dans le monde mais son fonctionnement, ses choix et ses prises de position peuvent légitimement susciter des interrogations. Les notions de souveraineté, d’autonomie ou de décolonisation ne peuvent pas être utilisées comme des concepts abstraits déconnectés des réalités humaines, historiques, économiques et culturelles des territoires concernés.
Il faut aussi rappeler une réalité trop souvent oubliée, la Polynésie française est présente dans notre société bien plus qu’on ne l’imagine.
Elle est présente dans le sport où des Polynésiens portent les couleurs françaises et participent au rayonnement de notre pays. Elle est présente dans nos armées où de nombreux « aitos », ces guerriers dans la tradition polynésienne, servent avec honneur sous le drapeau français. Ils sont engagés dans toutes les armes, sur tous les théâtres d’opérations, partageant les mêmes exigences, les mêmes valeurs et les mêmes sacrifices que leurs camarades venus de métropole ou d’autres territoires.
Ces hommes et ces femmes rappellent une évidence : l’appartenance à la France ne se mesure pas à la distance qui sépare un territoire de Paris. Elle se mesure à une histoire commune, à des engagements partagés, à des liens humains et à une volonté de construire ensemble.
La Polynésie française n’est donc pas une périphérie oubliée. Elle est une partie vivante de la France, une porte ouverte sur le Pacifique, un espace d’avenir.
La réponse ne doit être ni l’abandon, ni l’immobilisme. Elle doit être une ambition renouvelée : faire de la Polynésie un territoire fort, respecté, développé, capable de valoriser son identité tout en participant pleinement à une grande politique française dans le Pacifique.
Mais la Polynésie française n’est pas seule. À ses côtés, Wallis-et-Futuna rappelle aussi cette richesse particulière de la France ultramarine.
Cet archipel, avec ses traditions profondément ancrées, ses royaumes coutumiers et son attachement à la France, illustre une autre manière de vivre le lien national.
Les situations sont différentes, les attentes peuvent être différentes, mais une même idée demeure : la France du Pacifique est faite de territoires, de cultures et de peuples qui ne doivent pas être regardés comme des marges mais comme des acteurs à part entière de notre avenir.
Parce que la France n’est pas seulement une terre continentale, elle est aussi une puissance maritime, une nation de territoires et de peuples liés par un même destin.
La Polynésie française n’est pas au bout du monde. Elle est l’une des portes de la France sur le monde.