Ce qui se passe actuellement devant certains lycées devrait nous obliger à regarder deux réalités en face.
La première, c’est l’état de notre Éducation nationale. La seconde, c’est la manière dont une mobilisation née de difficultés bien réelles peut être récupérée politiquement et devenir, par endroits, le prétexte à des violences qui n’ont plus rien à voir avec l’école.
Il serait trop facile de nier les problèmes qui ont provoqué la colère de nombreux lycéens. Le mouvement est notamment parti de Créteil autour de postes d’enseignants non pourvus. Ailleurs sont dénoncés des problèmes de remplacement, d’emplois du temps, de conditions matérielles ou de locaux dégradés. Le ministre de l’Éducation nationale lui-même a reconnu la légitimité d’un certain nombre de ces préoccupations.
Notre école souffre depuis trop longtemps d’un paradoxe français : une administration considérable, des moyens importants, des réformes successives, des circulaires par milliers… mais trop souvent des familles qui découvrent à la rentrée qu’un professeur manque, des enseignants qui ne se sentent plus suffisamment soutenus et des élèves auxquels on ne garantit même plus partout les conditions élémentaires nécessaires pour apprendre.
Notre réponse ne peut donc pas consister à regarder ailleurs, c'est pour cela que nous voulons reconstruire une véritable Instruction nationale, recentrée sur sa mission première : transmettre.
Transmettre la maîtrise du français, la lecture, l’écriture, le calcul, l’histoire, les sciences et la culture générale. Redonner leur place aux dictées et aux rédactions. Développer le sport et l’apprentissage des langues. Proposer des cours du soir pour permettre de rattraper une difficulté ou d’approfondir ses connaissances.
Nous voulons également sortir de la logique du collège unique lorsqu’elle conduit à maintenir artificiellement tous les élèves dans un parcours identique. Les filières techniques, professionnelles et l’apprentissage ne doivent plus être considérés comme des voies de relégation, mais comme des chemins d’excellence à part entière.
L’égalité républicaine ne consiste pas à mettre tous les enfants dans le même moule. Elle consiste à donner à chacun les moyens de progresser selon ses capacités, son travail et ses aspirations. Voilà le débat que devraient avoir les responsables politiques.
Mais ce débat indispensable ne doit servir d’excuse à rien car la journée du 29 septembre a également montré une réalité beaucoup plus inquiétante. En effet, selon le ministère de l’Éducation nationale, 416 établissements ont été touchés au cours de la journée, et 338 restaient encore affectés en fin de journée, dont 45 totalement bloqués et 46 visés par des tentatives de blocage.
Surtout, certains rassemblements ont basculé dans des violences parfaitement inacceptables. Le ministre de l’Éducation nationale a fait état d’au moins dix personnels blessés, parmi lesquels un professeur frappé dans le Nord, un proviseur blessé par un tir de mortier dans les Hauts-de-Seine et un autre menacé de mort en Essonne. Le bilan communiqué mardi soir par le ministre de l’Intérieur faisait état de 440 interpellations, 48 policiers blessés et 31 blessés parmi les élèves et personnels de l’Éducation nationale. Laurent Nuñez a également signalé sept jets d’acide chlorhydrique contre les forces de l’ordre.
À ce niveau-là, nous ne sommes plus dans la revendication scolaire. Un lycéen qui réclame un professeur devant lui défend son droit à l’instruction, celui qui incendie, dégrade, tire un mortier ou agresse un enseignant, un chef d’établissement ou un policier fait tout autre chose. C’est précisément pour cette raison que l’attitude de certains responsables de La France insoumise doit être interrogée.
Louis Boyard avait publiquement affirmé que le mouvement lycéen devait « s’étendre ». Jean-Luc Mélenchon a pour sa part qualifié les lycéens mobilisés d’« inoffensifs », dénoncé une « répression irresponsable » et appelé ses élus et militants à « s’interposer » lors des interventions des forces de l’ordre. Plusieurs élus LFI étaient encore présents auprès des lycéens le 29 septembre, notamment Bastien Lachaud à Aubervilliers et Louis Boyard à Montreuil.
LFI affirme soutenir les revendications lycéennes et dénonce la réponse gouvernementale. C’est son droit mais un responsable politique doit aussi mesurer la portée de ses mots lorsque la situation dégénère. Lorsque des tirs de mortiers ont déjà eu lieu, lorsque des établissements sont dégradés, lorsque policiers, enseignants et élèves sont blessés, appeler à amplifier les blocages ou à s’interposer face aux forces de l’ordre n’est pas anodin.
On ne joue pas avec le désordre.
Derrière les lycéens sincèrement mobilisés viennent inévitablement se greffer ceux qui n’ont aucune revendication scolaire à défendre : individus cagoulés, casseurs, provocateurs et voyous qui voient dans chaque mouvement social une occasion de brûler, de dégrader ou d’affronter les forces de l’ordre. Il faut donc savoir distinguer.
Je ne confonds pas le lycéen qui réclame un enseignant avec celui qui vient avec un mortier. Je ne confonds pas une revendication sociale avec une agression. Je ne confonds pas le droit de manifester avec le droit de casser. Et je refuse que les difficultés bien réelles de notre Éducation nationale deviennent le carburant d’une stratégie permanente de confrontation.
La République doit répondre aux premières par l’action politique et aux secondes par l’autorité de l’État. Réparer l’école, écouter les enseignants, les personnels, les élèves et leurs familles, rétablir la transmission, l’exigence et l’autorité mais, dans le même temps, ne tolérer ni les violences, ni les intimidations, ni ceux qui viennent transformer les abords de nos établissements scolaires en terrains d’affrontement.
L’école de la République n’appartient ni aux partis politiques, ni aux agitateurs, ni aux bandes qui viennent profiter du chaos. Elle appartient à la Nation et elle doit redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un sanctuaire consacré à l’instruction, à la transmission et à l’avenir de nos enfants.