La France doit retrouver sa vocation maritime

Publié le 2 juillet 2026 à 08:00

Il est des moments où une nation doit savoir regarder plus loin que les débats du quotidien. Les conclusions de l'expertise scientifique conduite par l'Ifremer et le CNRS sur les effets de l'éolien en mer appartiennent à cette catégorie. Elles nous rappellent une vérité simple « la nature ne se commande pas, elle se comprend ». Toute politique qui prétend ignorer cette évidence finit toujours par se heurter au réel.

Les parcs éoliens en mer ont des conséquences sur la biodiversité, les scientifiques nous invitent à mesurer ces impacts avec rigueur. Nous aurions tort de ne pas les écouter mais le véritable enseignement est ailleurs.

Pourquoi la France, deuxième puissance maritime du monde par l'étendue de son domaine maritime, accepterait-elle de réduire son ambition à une seule technologie ? Une grande nation ne choisit jamais la facilité du modèle unique. Non, elle explore, elle invente, elle prépare l'avenir.

La mer est une source inépuisable d'intelligence autant que d'énergie. Les vents, les courants, les marées, la houle, les différences de température entre les eaux profondes et les eaux de surface constituent autant de ressources que la Providence a placées sous notre responsabilité. Notre devoir n'est pas de les exploiter aveuglément ; il est de les maîtriser avec discernement.

Voilà pourquoi la France doit engager un vaste programme national consacré aux énergies marines.

L'éolien flottant peut y trouver sa place. Mais il ne saurait résumer notre ambition. Les hydroliennes, l'énergie de la houle, l'énergie thermique des mers, les systèmes hybrides et les technologies qui restent encore à inventer doivent faire l'objet d'un effort comparable à celui que notre pays consacra jadis au nucléaire, à l'aéronautique ou au spatial.

Une nation qui cesse d'innover est une nation qui accepte de dépendre des autres.

Notre force réside précisément dans ce que tant de pays nous envient « un domaine maritime présent sur tous les océans grâce à nos territoires ultramarins ». La Manche, l'Atlantique, la Méditerranée, les Caraïbes, l'océan Indien et le Pacifique offrent à la France un laboratoire unique au monde. Nos outre-mer ne sont pas des confettis de l'histoire, ils sont les avant-postes de notre souveraineté, les laboratoires de notre recherche et les piliers de notre avenir maritime.

Mais le XXIᵉ siècle ne sera pas seulement celui de l'énergie, il sera celui de l'eau. L'eau deviendra demain ce que le pétrole fut au XXᵉ siècle, une ressource stratégique dont dépendront la stabilité des nations, le développement économique et la paix entre les peuples. Là encore, la France possède des atouts considérables.

Nos entreprises, Suez et Veolia, figurent parmi les grands acteurs mondiaux des métiers de l'eau. Nos ingénieurs, nos chercheurs et nos universités disposent d'un savoir-faire reconnu. Le traitement de l'eau, la réutilisation des eaux usées, les réseaux intelligents, la maîtrise des grands bassins fluviaux et le dessalement de l'eau de mer doivent devenir des priorités nationales.

Le dessalement, en particulier, mérite un effort massif de recherche afin d'en diminuer les coûts, d'améliorer son rendement énergétique et d'en réduire les impacts environnementaux. En effet l'accès à l'eau potable constituera l'un des grands défis du siècle.

Cette ambition trouve naturellement son prolongement vers l'Afrique. Ce continent ne demande ni assistance permanente ni leçons. Il aspire à des partenariats fondés sur le respect, la technologie, la formation et le développement.

Le solaire, les grands fleuves, les lacs, les ressources maritimes, les infrastructures hydrauliques et les technologies de l'eau peuvent devenir les fondements d'une coopération renouvelée entre la France et les nations africaines. Nous avons vocation à construire avec elles des projets communs, à former des ingénieurs, à partager notre savoir-faire et à développer des industries créatrices d'emplois des deux côtés de la Méditerranée.

Il ne s'agit pas seulement d'économie, il s'agit de civilisation car une grande nation ne se définit pas par la nostalgie de son passé mais par la force de son projet. La France possède des chercheurs parmi les meilleurs du monde, elle dispose d'entreprises d'excellence, d'une industrie performante, d'une présence sur tous les océans et d'une jeunesse qui ne demande qu'à bâtir. Ce potentiel appelle une ambition.

Notre pays doit se fixer un cap : devenir la première puissance européenne de l'économie de la mer et l'une des références mondiales des technologies de l'eau.

C'est ainsi que nous renforcerons notre indépendance énergétique, notre souveraineté industrielle, notre influence internationale et notre capacité à transmettre aux générations futures un patrimoine naturel préservé.

La France n'est jamais aussi forte que lorsqu'elle voit grand. À nous de retrouver cette ambition. À nous de faire de la mer, de l'eau et de l'innovation les piliers d'une nouvelle grandeur française.