J'ai lu les propositions de Bruno Retailleau sur le droit du sol et sur les aides sociales accordées aux étrangers en situation régulière et je ne les partage pas. Non pas parce que je serais favorable à une immigration sans contrôle, c'est même tout le contraire, mais parce que je considère que faire de la politique ne consiste pas à toujours aller plus loin dans la surenchère sécuritaire ou identitaire.
Faire de la politique, ce n'est pas une course à l'échalote derrière le Rassemblement National. Ce n'est pas chercher la mesure qui fera le plus de bruit ou qui flattera une partie de l'opinion pendant quelques semaines. Gouverner, c'est construire une vision cohérente, durable et applicable, qui tienne compte des réalités économiques, sociales et juridiques du pays.
Je suis favorable au maintien du droit du sol. En revanche, je suis également favorable à une application stricte des lois Pasqua et des conditions qu'elles prévoient. Le problème n'est pas tant le principe que le respect de la loi existante. Avant de vouloir supprimer un droit fondamental, encore faut-il s'assurer que les règles actuellement en vigueur sont effectivement appliquées.
Je suis également favorable à un moratoire ciblé sur l'immigration, portant notamment sur le regroupement familial, afin de redonner à l'État une capacité de pilotage des flux migratoires. Cette pause permettrait d'évaluer objectivement les besoins du pays et les capacités d'intégration, sans remettre en cause le principe d'une immigration légale lorsque celle-ci répond à un intérêt national.
En revanche, je ne comprends pas la proposition consistant à priver, pendant cinq ans, de certaines prestations sociales des personnes qui résident légalement en France et qui travaillent. Une personne qui travaille légalement participe déjà à la richesse nationale. Elle cotise, elle contribue au financement de notre système social et elle respecte les règles de notre pays.
On peut parfaitement prévoir une période probatoire de trois à six mois afin de vérifier la stabilité de l'emploi et la régularité de la situation administrative. Cela me paraît raisonnable. Mais cinq années représentent une durée disproportionnée. Une telle mesure risque davantage de fragiliser des travailleurs qui participent déjà à notre économie, qui s'intègrent aussi, que de résoudre les difficultés liées à l'immigration.
Concernant l'immigration irrégulière, je considère qu'il faut être beaucoup plus ferme. Les campements sauvages et les bidonvilles ne sont dignes ni pour les personnes qui y vivent ni pour les riverains. Ils doivent être démantelés et remplacés par de véritables centres administratifs sécurisés, permettant d'assurer un hébergement temporaire, un accès aux soins, un accompagnement administratif et un traitement rapide des dossiers. Les personnes qui n'ont pas vocation à rester sur le territoire doivent ensuite être éloignées dans le respect du droit et des accords internationaux conclus par la France.
Mais au-delà de ces mesures, il faut également avoir le courage de regarder les causes profondes de certaines difficultés.
Aujourd'hui, plusieurs secteurs de notre économie reposent largement sur une main-d'œuvre étrangère. Pourquoi ? Parce que certains employeurs proposent des salaires insuffisants, des horaires difficiles ou des conditions de travail qui découragent de nombreux travailleurs français. Tant que ces secteurs fonctionneront grâce à une main-d'œuvre prête à accepter des conditions que beaucoup de nationaux refusent, rien ne changera durablement.
Une politique migratoire sérieuse doit donc laisser le temps aux secteurs concernés d'adapter leur modèle économique. Cela passe par une amélioration des rémunérations, des conditions de travail, de la formation professionnelle et de l'attractivité des métiers concernés. L'objectif n'est pas de bloquer brutalement l'économie française mais de permettre progressivement à davantage de Français de retrouver leur place dans ces professions, dans des conditions de travail dignes.
La politique n'est pas un concours de fermeté. Elle n'est pas non plus un exercice de communication permanente. Elle doit concilier l'autorité de l'État, le respect du droit, les besoins de notre économie et la dignité des personnes.
C'est cette ligne d'équilibre que je défends. Une immigration maîtrisée, une fermeté réelle face à l'irrégularité, une intégration exigeante pour l'immigration légale et une politique économique qui cesse de considérer une partie de la main-d'œuvre immigrée comme une variable d'ajustement permettant de maintenir artificiellement de mauvaises conditions de travail. Parce qu'au fond, une politique efficace n'est pas celle qui promet le plus mais celle qui est capable de produire des résultats durables pour la France.