Le réchauffement climatique n’est plus une menace abstraite

Publié le 26 juillet 2026 à 12:00

Je partage le constat dressé par Jean Jouzel et par de nombreux climatologues, agronomes, hydrologues, forestiers et spécialistes de l’aménagement du territoire. Le réchauffement climatique n’est plus une menace abstraite, renvoyée à la fin du siècle ou à des territoires lointains. Ses manifestations sont déjà visibles. Nos saisons se transforment, les canicules s’intensifient, les sécheresses se prolongent, les incendies gagnent de nouveaux territoires et la pression augmente sur l’eau, l’agriculture comme sur nos infrastructures.

Ces spécialistes ne prétendent pas que chaque événement météorologique aurait une cause unique. Ils mettent cependant en évidence une tendance de fond, désormais suffisamment documentée pour éclairer la décision publique. Lorsque des scientifiques de disciplines différentes nous avertissent que nos conditions climatiques évoluent durablement, le devoir du responsable politique n’est ni d’exagérer leurs conclusions ni de les ignorer. Il est de les écouter, de les confronter aux réalités du terrain et d’en tirer une stratégie nationale.

Prendre ce constat au sérieux ne signifie ni céder au catastrophisme ni accepter la décroissance comme horizon. Cela signifie regarder les faits et en tirer les conséquences politiques. Or, depuis trop longtemps, nous faisons exactement l’inverse. À chaque canicule, chaque sécheresse, chaque incendie ou chaque inondation, le pouvoir réunit une cellule de crise, prononce quelques mots graves et annonce des mesures d’urgence. Puis l’actualité passe et les promesses disparaissent avec elle.

Je refuse cette politique de l’instant. Le réchauffement climatique est une transformation durable de nos conditions de vie ; il appelle donc une réponse durable. Nous ne préparerons pas la France de 2050 avec des conférences de presse estivales, des normes improvisées et des crédits annoncés sous le coup de l’émotion.

L’Histoire nous montre pourtant ce que peut accomplir un État lorsqu’il décide de prévoir. Après les inondations catastrophiques de 1856, qui frappèrent notamment les vallées du Rhône, de la Loire et de la Garonne, Napoléon III ne se contenta pas de parcourir les territoires sinistrés et de témoigner sa compassion aux victimes. Il engagea l’État dans une politique de prévention des crues, fit conduire des études d’ensemble et lancer d’importants travaux de protection, notamment le long du Rhône. Il transforma une catastrophe en une politique publique pensée pour les générations suivantes.

Il ne s’agit évidemment pas de reproduire les solutions techniques du XIXᵉ siècle, ce qu’il faut retrouver, c’est l’esprit de cette action : observer, comprendre, décider et construire. Gouverner, ce n’est pas commenter la catastrophe une fois qu’elle s’est produite. C’est préparer la nation à y faire face avant qu’elle ne survienne.

C’est pourquoi je veux engager la France dans un plan national d’adaptation climatique sur trente ans. Il sera décliné selon les réalités de chaque territoire, car on ne répond pas de la même manière au manque d’eau dans le Sud, aux incendies dans les massifs forestiers, aux risques de submersion sur nos côtes ou aux inondations dans les vallées. L’État fixera la direction et garantira les financements ; les départements et les communes assureront sa mise en œuvre au plus près du terrain.

Cette ambition reposera sur cinq décisions fortes.

Premièrement, une loi de programmation pour l’adaptation climatique fixera les objectifs jusqu’en 2050, avec des étapes tous les cinq ans et des financements protégés dans la durée. Chaque département disposera d’une cartographie précise de ses vulnérabilités et d’un plan opérationnel. Les résultats seront régulièrement évalués et rendus publics afin que les engagements ne puissent plus disparaître avec les gouvernements qui les ont annoncés.

Deuxièmement, je lancerai un plan national pour l’eau. Il donnera la priorité à la réparation des réseaux, dont les fuites représentent un gaspillage inacceptable. La récupération des eaux de pluie sera progressivement rendue obligatoire dans les constructions nouvelles pour les toilettes, le nettoyage et l’arrosage. La réutilisation des eaux usées traitées sera développée, de même que les retenues territoriales lorsqu’elles sont nécessaires et écologiquement soutenables. Le dessalement pourra être expérimenté dans certains territoires littoraux et ultramarins, avec une énergie décarbonée et une gestion maîtrisée de la saumure.

Troisièmement, un grand programme de protection thermique sera engagé pour les écoles, les hôpitaux, les Ehpad et les logements les plus vulnérables. L’isolation devra protéger du froid comme de la chaleur. Protections solaires, ventilation, végétalisation, pompes à chaleur réversibles et systèmes de rafraîchissement seront utilisés avec pragmatisme. L’objectif sera qu’à l’horizon 2040, aucun établissement accueillant des enfants, des malades ou des personnes âgées ne demeure une passoire thermique en hiver ou une bouilloire en été.

Quatrièmement, je renforcerai considérablement notre capacité de prévention et de lutte contre les incendies. Une cartographie nationale régulièrement actualisée des massifs à risque guidera leur entretien, les débroussaillements, les coupures de combustible, l’aménagement des pistes d’accès et la constitution de réserves d’eau. Les moyens de détection satellitaire, aérienne, thermique et par drones seront développés. La Sécurité civile disposera d’une flotte aérienne renouvelée et d’une réserve nationale mobilisable en renfort des sapeurs-pompiers.

Cinquièmement, chaque grande infrastructure devra désormais être pensée pour le climat de 2050 et non pour celui d’hier. Routes, voies ferrées, réseaux électriques, ouvrages hydrauliques, ports et protections côtières devront être progressivement adaptés et renforcés. Un fonds souverain d’adaptation permettra de financer ces investissements et d’orienter prioritairement l’épargne nationale vers les entreprises et les technologies produites en France.

Préparer notre pays au changement climatique ne signifie pas renoncer à limiter le réchauffement futur. Mais je refuse que l’écologie repose sur la culpabilisation permanente des Français, l’accumulation des interdictions et l’organisation de la pénurie. La transition doit s’appuyer sur le progrès scientifique, la réindustrialisation, le nucléaire, les énergies marines, la géothermie, le ferroviaire, le transport fluvial, les batteries au sodium et les biocarburants de nouvelle génération. Elle doit devenir un moteur de recherche, d’indépendance énergétique et de création d’emplois.

Je ne crois ni au déni climatique ni à l’écologie punitive. Je crois à une écologie de la volonté, de la protection et du progrès. Une écologie qui ne demande pas à la France de s’effacer ou de s’appauvrir, mais qui lui donne les moyens d’innover, de produire et de montrer une voie.

Jean Jouzel, comme beaucoup d’autres spécialistes, nous rappelle que les solutions existent déjà. Encore faut-il une volonté politique capable de les rassembler, de les hiérarchiser, de les financer et de les inscrire dans la durée.

Nous devons réduire notre dépendance aux énergies fossiles, mais aussi préparer notre pays au climat qui vient. Ces deux ambitions ne s’opposent pas : elles forment une même politique de souveraineté et de protection nationale.

Face au réchauffement climatique, le temps n’est plus aux gesticulations. Il est venu de retrouver le sens du temps long, la puissance de l’État stratège et cette obligation première du pouvoir : prévoir, préparer et protéger.