Chiffres du chômage

Publié le 30 juillet 2026 à 18:00

À chaque publication des chiffres du chômage, chacun choisit l’indicateur qui sert le mieux son discours. Le gouvernement met en avant les données corrigées, ses opposants retiennent la hausse brute, tandis que les catégories B et C disparaissent trop souvent des commentaires. Pourtant, derrière cette bataille statistique, il y a une réalité beaucoup plus simple : des millions de Français sont privés d’emploi ou contraints de survivre avec quelques heures de travail.

Pour mesurer honnêtement la situation, il faut donc regarder l’ensemble des chiffres, sans oublier les jeunes qui peinent à entrer dans la vie professionnelle, les seniors que l’on écarte trop tôt et tous ceux que l’activité réduite fait artificiellement sortir du chômage le plus visible.

En données brutes, le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité augmente de 0,8 % au deuxième trimestre 2026 pour atteindre 3,323 millions. Une fois neutralisés les effets de l’inscription automatique de nouveaux publics et des changements apportés aux radiations, il recule de seulement 0,2 %. Il n’y a donc ni effondrement spectaculaire ni véritable embellie, mais une stagnation à un niveau beaucoup trop élevé.

Surtout, on ne peut pas se contenter de la seule catégorie A. Les catégories B et C regroupent des personnes ayant travaillé quelques heures ou exercé une activité réduite, mais qui recherchent toujours un emploi plus stable ou un volume de travail suffisant. En additionnant les trois catégories, ce sont 5,801 millions de demandeurs d’emploi, en hausse de 1,3 % sur le trimestre et de 3,2 % sur un an. Parmi eux, près de 2,479 millions travaillent donc partiellement sans avoir retrouvé une situation professionnelle satisfaisante. Ne parler que de la catégorie A permet parfois de faire disparaître statistiquement une partie du chômage, du sous-emploi et de la précarité.

La situation des jeunes est particulièrement préoccupante. Leur nombre progresse sur un an de 5,9 % en catégorie A et de 6,3 % pour l’ensemble des catégories A, B et C. Chez les plus de 50 ans, la catégorie A recule légèrement mais ce chiffre ne dit rien des éventuels basculements vers une activité réduite, du déclassement professionnel ni de la durée passée au chômage. Or, une fois licencié, un senior rencontre généralement davantage de difficultés pour retrouver un emploi stable correspondant à ses compétences.

Plus inquiétant encore, 2,698 millions de demandeurs d’emploi sont inscrits depuis au moins un an, soit une progression de 9,7 % sur douze mois. C’est aux deux extrémités de la vie professionnelle que notre modèle échoue : il ouvre difficilement la porte aux jeunes et la referme trop tôt sur les seniors.

Derrière la bataille des catégories demeure donc une réalité humaine, près de 5,8 millions de personnes recherchent toujours un emploi ou un volume de travail suffisant. On ne combattra pas le chômage en modifiant les règles d’inscription ou en choisissant l’indicateur le plus flatteur mais en reconstruisant notre industrie, en soutenant l’activité dans tous nos territoires, en développant l’apprentissage, la formation qualifiante et la transmission des compétences entre les générations.

On ne peut pas demander aux Français de travailler plus longtemps tout en laissant les entreprises les considérer comme trop vieux dès 50 ou 55 ans. Et l’on ne peut pas davantage prétendre préparer l’avenir en abandonnant une partie de notre jeunesse aux stages successifs, aux contrats précaires et aux emplois à temps partiel subis.