Sortir de l'armée bonsaï

Publié le 31 juillet 2026 à 20:00

Comme le souligne très justement le général Bruno Clermont sur Linkedin, la France court aujourd'hui le risque de conserver une « armée bonsaï » : une armée remarquable par la qualité de ses femmes, de ses hommes et de ses équipements, mais dont le format est devenu insuffisant pour soutenir durablement un conflit de haute intensité.

Je partage largement ce constat.

La Loi de programmation militaire actuelle corrige plusieurs lacunes importantes. Elle reconstitue progressivement les stocks de munitions, accélère l'effort sur les drones, renforce la défense sol-air et modernise plusieurs équipements. C'était indispensable. Mais elle ne répond pas à la question essentielle : quelle armée voulons-nous pour la France des trente prochaines années ? Car le véritable enjeu n'est plus seulement de moderniser nos équipements. Il est de retrouver un format cohérent.

La guerre en Ukraine nous a rappelé des réalités que beaucoup pensaient appartenir au passé. La technologie ne remplace pas le volume. Les drones ne remplacent pas les blindés. Les missiles ne remplacent pas l'artillerie. Et aucune innovation ne remplace des soldats entraînés, des réserves importantes, des stocks de munitions, une logistique solide et une industrie capable de produire dans la durée. Une armée moderne ne peut plus être conçue uniquement pour conduire quelques opérations extérieures limitées. Elle doit être capable de tenir dans le temps face à un adversaire de même niveau.

C'est pourquoi je souhaite reconstruire une véritable armée de puissance, je veux recréer un corps de bataille hybride, adapté aux réalités du XXIᵉ siècle.

D'un côté, une composante lourde, héritière de l'esprit de la 1ʳᵉ Armée qui existait jusqu'à la fin des années 1980, capable de conduire des combats de haute intensité, de durer et de manœuvrer dans la profondeur. De l'autre, une composante plus légère et plus mobile comme l'ex Force d'Action Rapide, s'appuyant sur la 9ᵉ brigade d'infanterie de marine, la 6ᵉ brigade légère blindée, la 11ᵉ brigade parachutiste et les troupes de montagne, afin de conserver notre capacité de projection rapide sur tous les théâtres d'opérations.

Notre armée de Terre doit continuer de s'appuyer sur le triptyque VBCI, Griffon et Jaguar, complété par le char Leclerc. Le VBCI doit rester un pilier de nos forces. Sa production doit être relancée et de nouvelles versions doivent être développées afin d'accompagner son évolution. Mais la France devra également trancher un choix stratégique, soit nous assumons pleinement le modèle du tout-roues, en augmentant le nombre de VBCI et en achetant rapidement des blindés complémentaires déjà éprouvés, comme le CV90, soit nous décidons de réintroduire une véritable composante chenillée, en développant une plateforme modulaire capable de devenir aussi bien un véhicule de combat d'infanterie qu'un char léger équipé d'un canon de 105 mm. Ce débat ne doit pas être idéologique, il doit être guidé par une seule question : quel outil sera le plus efficace pour protéger les Français ?

Nous devons également tirer toutes les conséquences de la révolution des drones. Les drones sont désormais partout. Ils observent, renseignent, frappent et saturent les défenses. Notre réponse doit être double, nous devons disposer d'un véritable bouclier anti-drones et anti-missiles, capable de protéger nos soldats, nos bases et nos infrastructures mais nous devons également faire du drone une arme offensive pleinement intégrée à nos unités. Chaque chef militaire devra disposer demain de capacités de renseignement et de frappe qu'il ne possédait hier qu'à des échelons beaucoup plus élevés. Cette révolution technologique impose également de revoir notre manière de combattre.

L'Aviation légère de l'armée de Terre devra être renforcée. Je souhaite augmenter les capacités d'appui, de reconnaissance et surtout développer une véritable capacité de transport lourd par hélicoptère afin de projeter rapidement hommes et matériels.

La Marine nationale devra également retrouver le format correspondant aux ambitions de la France. Notre pays possède le deuxième espace maritime mondial. Il est présent dans tous les océans grâce à ses territoires ultramarins. Cette réalité impose une marine capable d'assurer une présence permanente. Je souhaite donc qu'à terme la France dispose de deux porte-avions, afin de garantir en permanence un groupe aéronaval opérationnel. Notre Marine devra également organiser sa présence autour de cinq grands espaces stratégiques : l'Atlantique, la Méditerranée, les Antilles-Guyane, l'océan Indien et le Pacifique.

L'Armée de l'air et de l'espace devra, elle aussi, évoluer. Le Rafale restera naturellement le fer de lance de notre aviation de combat mais je souhaite ouvrir une réflexion sur des avions d'attaque plus légers, plus simples à mettre en œuvre et moins coûteux, capables d'assurer l'appui des forces terrestres et certaines missions de présence, tout en préservant le potentiel de nos Rafale pour les missions les plus exigeantes.

Enfin, je souhaite renforcer durablement nos forces de souveraineté. Nos territoires d'outre-mer ne peuvent plus dépendre uniquement de compagnies tournantes. Ils doivent accueillir des unités permanentes plus nombreuses, mieux équipées et disposant de véritables capacités d'intervention.

Tout cela suppose évidemment un effort humain. Je souhaite augmenter les effectifs actifs, améliorer les carrières, revaloriser les soldes et bâtir une réserve opérationnelle de minimum 80 000 femmes et hommes, réellement entraînés et intégrés aux forces avec de véritables unités constituées.

Enfin, je considère que la France ne doit pas choisir entre sa dissuasion nucléaire et ses capacités conventionnelles. Une puissance indépendante doit assumer les deux.

Porter progressivement le budget des armées à plus de 100 milliards d'euros par an deviendra probablement indispensable. Mais l'argent ne suffira pas. Il faudra une nouvelle Loi de programmation militaire dès 2028, reconstruire nos capacités industrielles, produire davantage en France, reconstituer des stocks permettant de soutenir plusieurs mois de combat et redonner à notre industrie de défense la capacité de monter rapidement en puissance.

La France ne peut plus se satisfaire d'une armée bonsaï, aussi admirable soit-elle. Elle doit retrouver une armée à la hauteur de son territoire, de ses outre-mer, de sa puissance maritime, de sa dissuasion nucléaire et des responsabilités mondiales qui sont les siennes.

L'indépendance d'une nation ne se proclame pas, elle se construit et elle se défend.