De Dunkerque à Mamoudzou, de Menton à Cayenne.

Publié le 2 août 2026 à 10:00

Certains nous expliquent qu’il faudrait préserver Schengen à tout prix, comme s’il constituait un rempart indispensable. Mais de quel espace commun parle-t-on lorsque l’ensemble des territoires ultramarins français en est exclu ?

Un Français vivant à Mamoudzou, Cayenne, Fort-de-France, Pointe-à-Pitre ou Saint-Denis est aussi français que celui qui vit à Paris, Lille ou Toulouse. Pourtant, le territoire sur lequel il réside ne bénéficie pas du même régime de circulation et de protection des frontières. Sa citoyenneté demeure juridiquement entière, mais la République se trouve, dans les faits, soumise à deux régimes différents.

Schengen contribue ainsi à installer une France territoriale à deux vitesses. D’un côté, l’Hexagone appartient à un espace présenté comme commun et protecteur. De l’autre, nos territoires ultramarins restent en dehors de cet ensemble, alors même qu’ils sont souvent les plus exposés aux pressions migratoires et aux tentatives de déstabilisation.

Cette différence deviendrait encore plus flagrante en cas de crise majeure. Si une vague migratoire massive frappait Mayotte, la Guyane ou un autre territoire ultramarin, Schengen ne nous serait d’aucune utilité puisque ces territoires n’en font pas partie. La France devrait elle-même surveiller ses frontières, mobiliser ses forces navales et policières, examiner les demandes d’asile, combattre les filières de passeurs et organiser les éloignements.

Une aide européenne pourrait éventuellement être accordée par d’autres mécanismes mais Schengen lui-même ne protégerait rien. Nous en subirions donc les contraintes dans l’Hexagone sans bénéficier de sa prétendue protection là où une partie de notre territoire est particulièrement vulnérable.

Même en Europe, lorsque survient une crise grave, le premier réflexe des États consiste à rétablir leurs contrôles nationaux. Schengen fonctionne lorsque tout va bien ; dès que le danger apparaît, chacun redécouvre la nécessité de ses frontières. Il organise la disparition des contrôles en temps normal, puis laisse chaque nation reprendre seule ses responsabilités dans l’urgence.

Pour ces deux raisons, l’égalité entre tous les territoires de la République et l’efficacité de notre politique migratoire, je défends une sortie négociée et organisée de la France de l’espace Schengen.

Sortir de Schengen ne signifie pas nous isoler. Nous pourrons continuer à coopérer avec nos voisins, partager des renseignements, lutter ensemble contre les réseaux criminels et conclure les accords nécessaires. Mais la France doit retrouver la maîtrise permanente de ses frontières, de ses visas et de ses conditions d’entrée et de séjour.

De Dunkerque à Mamoudzou, de Menton à Cayenne, la même autorité souveraine doit s’exercer, avec des moyens adaptés à chaque territoire. La souveraineté ne refuse pas la coopération : elle permet à la France de choisir, de décider et d’agir.

Sortir de Schengen ne réglera pas tout. Mais cela rendra enfin à la France les instruments de sa politique et la responsabilité de ses résultats.