Je suis opposé au principe même des primaires pour désigner un candidat à l’élection présidentielle.
Sous la Ve République, l’élection présidentielle doit rester la rencontre d’un Homme avec le peuple. Lorsqu’un responsable politique estime porter une vision de la France, un projet et une conception particulière de la fonction présidentielle, il doit avoir le courage de les soumettre directement aux Français.
Organiser une primaire est, à mes yeux, un aveu de faiblesse. C’est demander à quelques dizaines ou centaines de milliers de personnes de faire, avant tout le monde, un choix que des millions de Français sont parfaitement capables de faire eux-mêmes.
Car enfin, à quoi sert le premier tour de l’élection présidentielle ?
Il sert précisément à cela : permettre aux différentes sensibilités politiques de présenter leur projet, permettre aux candidats d’aller à la rencontre du pays et laisser ensuite le peuple trancher. Inventer un « premier tour avant le premier tour », c’est considérer finalement que les électeurs ne sauraient pas eux-mêmes faire le tri entre les candidatures.
Et maintenant, au Parti socialiste, il faudrait en plus payer 15 euros pour participer à cette présélection. Le symbole devient franchement mauvais, une primaire contestable dans son principe, à laquelle vient s’ajouter un droit d’entrée susceptible d’écarter les plus modestes.
Pour autant, je ne nie pas le problème posé par la multiplication des candidatures. Mais la réponse se trouve dans une réforme des parrainages, pas dans les primaires.
Deux pistes méritent notamment d’être étudiées.
La première serait d’abaisser raisonnablement le seuil des 500 parrainages, afin que des courants politiques disposant d'une existence réelle dans le pays puissent accéder au scrutin sans dépendre des grands appareils.
La seconde, que je trouve particulièrement intéressante, serait d’autoriser le double parrainage. Un maire ou un élu habilité pourrait parrainer deux candidats au lieu d’un seul. Cela changerait profondément la nature du parrainage : il ne serait plus nécessairement perçu comme un soutien politique personnel, mais davantage comme la reconnaissance du droit de plusieurs candidats à concourir devant les Français.
Un maire pourrait ainsi dire ""je ne choisis pas à la place de mes administrés ; je considère simplement que ces candidatures ont suffisamment de légitimité pour être soumises au suffrage universel.""
Cela permettrait aussi à certains élus de conserver une forme de neutralité politique, particulièrement dans les petites communes où le maire est souvent d’abord l’élu de tous ses habitants avant d’être l’homme ou la femme d’un parti.
Le parrainage retrouverait alors sa fonction véritable, ouvrir la porte du scrutin et non désigner à l’avance celui que l’élu souhaite voir entrer à l’Élysée.
Ensuite, que les candidats parlent. Qu’ils défendent leur vision de la France. Qu’ils confrontent leurs projets.
Et que le premier tour fasse son travail.
Parce qu’à l’élection présidentielle, ce n’est ni un parti, ni une primaire, ni un appareil qui doit choisir. C’est le peuple français.