Il y a dans cette phrase de Louis Guéry quelque chose d’essentiel : un peuple qui efface les traces de son histoire finit par ne plus savoir d’où il vient.
Croix de chemins, calvaires, chapelles, oratoires, clochers… Ils appartiennent au paysage français depuis des siècles. On peut être croyant, agnostique ou athée et considérer malgré tout qu’ils font partie de notre patrimoine commun. La laïcité n’a jamais eu vocation à organiser l’amnésie collective ni à faire disparaître du paysage tout ce qui rappelle les racines chrétiennes de la France. Elle garantit la liberté de conscience et la neutralité de l’État ; elle ne commande pas d’effacer l’Histoire.
Dans beaucoup de nos campagnes, alors que le café a fermé, que l’épicerie a disparu, parfois même que l’école est partie, demeurent encore la mairie, l’église, le monument aux morts et ces croix dressées au bord des routes. Elles racontent les générations qui nous ont précédés, leurs croyances bien sûr, mais aussi leurs villages, leurs morts, leurs épreuves et leur manière d'habiter cette terre.
Je refuse cette conception de la modernité qui voudrait rendre notre pays culturellement neutre pour ne froisser personne. Respecter les autres cultures ne nous oblige nullement à renoncer à la nôtre. Protéger ces calvaires n’est pas imposer une religion : c’est transmettre un patrimoine.
La France n’est pas née hier. Elle possède une histoire, des paysages, des traditions et des symboles. Les préserver n’est pas regarder vers le passé : c’est permettre aux générations futures de savoir à quel pays elles appartiennent.