La voiture électrique peut aussi être un choix de souveraineté

Publié le 17 août 2026 à 18:00

L'article publié par Numerama est intéressant. La transition vers l’électrique n’est plus seulement une affaire européenne, encore moins une lubie imposée par Bruxelles, elle devient une transformation industrielle mondiale et la Chine a pris une avance considérable en comprenant très tôt qu’il fallait proposer des véhicules électriques simples et abordables, notamment aux pays émergents.

La question qui se pose à nous est donc assez simple : la France doit-elle subir cette révolution industrielle ou peut-elle encore en être un acteur majeur ? Je pense qu’il n’est absolument pas trop tard. Notre pays possède encore des constructeurs, des ingénieurs, des chercheurs et des capacités industrielles permettant de bâtir une véritable filière française de la mobilité électrique.

Renault constitue évidemment l’un des principaux atouts. Le groupe maîtrise depuis longtemps la technologie des moteurs électriques à rotor bobiné, sans aimants permanents et donc sans terres rares pour leur motorisation. La France possède également des entreprises innovantes comme Whylot, qui travaille sur de nouvelles générations de moteurs. À Cléon, nous conservons par ailleurs un véritable savoir-faire industriel dans la production de motorisations électriques.

À cela s’ajoute la question essentielle des batteries. Avec Verkor et sa gigafactory de Dunkerque, dont Renault sera l’un des grands clients, une partie de cette chaîne de valeur revient sur notre territoire.

Et il serait tout aussi absurde d’enterrer Stellantis. Avec ACC, dont Stellantis est actionnaire aux côtés de Mercedes et de Saft-TotalEnergies, nous disposons également d’une capacité française de production de batteries. Des modèles comme la Citroën ë-C3 et demain le retour annoncé d’une petite Citroën populaire inspirée de la 2CV, peuvent contribuer à démocratiser davantage la voiture électrique.

Mais nous pouvons aller encore plus loin. La France possède également des compétences dans les batteries sodium-ion, notamment avec Tiamat. Le sodium est extrêmement abondant et cette technologie peut permettre de réduire certaines de nos dépendances aux matières premières critiques. Elle ne remplacera sans doute pas toutes les batteries au lithium et ne conviendra pas à tous les véhicules, mais elle peut parfaitement avoir sa place dans de petites voitures populaires destinées aux déplacements quotidiens.

Nous pourrions donc imaginer une véritable stratégie nationale : une voiture électrique française, légère, accessible, produite en France, équipée d’un moteur sans terres rares, utilisant progressivement des batteries moins dépendantes des matières premières critiques et alimentée par une électricité largement produite sur notre territoire.

Voilà aussi ce que signifie la souveraineté car il existe une contradiction assez étonnante chez certains milieux qui se proclament souverainistes, notamment lorsqu’ils considèrent encore les hydrocarbures comme l’horizon indépassable de notre politique énergétique. La France importe l’immense majorité du pétrole qu’elle consomme, continuer à faire reposer notre mobilité sur les carburants fossiles c’est accepter durablement notre dépendance envers les monarchies du Golfe, la Russie ou d’autres États producteurs.

Où est la souveraineté dans cette dépendance ?

Et ce n’est certainement pas en envisageant demain de nouveaux forages, notamment au large de la Guyane, que nous construirons une politique énergétique et industrielle adaptée aux décennies qui viennent.

Réduire progressivement notre dépendance au pétrole peut donc être, au contraire, un acte de souveraineté nationale mais cela ne signifie surtout pas tomber dans le dogme inverse du tout-électriqueCertains moyens de transport et certains usages resteront difficilement électrifiables. Nous devons donc poursuivre simultanément la recherche sur les biocarburants de troisième génération, notamment ceux issus des algues, travailler sur les carburants de synthèse lorsqu’ils sont pertinents et développer l’hydrogène pour les secteurs où il apporte réellement une solution, notamment certains transports lourds, industriels ou maritimes.

Et surtout, une politique des transports ne peut pas se limiter à savoir ce que nous mettons dans le réservoir ou dans la batterie d'une automobile. Nous devons retrouver une véritable ambition pour le fret ferroviaire et le ferroutage, développer le transport fluvial, moderniser nos canaux et nos ports et organiser une véritable complémentarité entre la route, le rail, le fleuve et la mer.

Notre ligne ne doit donc être ni le tout-pétrole, ni le tout-électriqueElle doit être celle de la souveraineté, de la diversification, de l’innovation et du pragmatisme. L’électrique en fait pleinement partie. Et c’est justement parce que nous sommes attachés à notre souveraineté que nous devons refuser de laisser cette révolution industrielle à la Chine.

Avec Renault, Stellantis, nos motoristes, nos chercheurs, ACC, Verkor, Tiamat et notre capacité de production électrique, la France possède encore une grande partie des briques nécessaires à la construction d’une filière automobile souveraine et compétitive.

À nous de les assembler car la pire des erreurs serait de conserver notre dépendance au pétrole étranger au nom d’un prétendu souverainisme, ou, à l’inverse, de remplacer cette dépendance par une dépendance aux voitures, aux batteries et aux technologies chinoises.

La transition énergétique n’a de sens pour la France que si elle devient aussi une reconquête industrielle et un instrument de souveraineté nationale.