Puritanisme ...

Publié le 30 août 2026 à 15:30

L’article de Marianne et les propos de Brigitte Lahaie mettent le doigt sur une dérive bien réelle : le retour d’un puritanisme bête et méchant qui se concentre, une fois encore, sur le corps et la sexualité des femmes.

Sur la plage, une femme qui bronze seins nus peut être priée de se couvrir alors qu’elle est parfaitement dans son droit. À la piscine, sa tenue devient immédiatement une affaire publique, un sujet de règlement, de commentaire ou de polémique. Dans la rue, une jupe serait trop courte, un décolleté trop profond, une robe trop moulante, un short trop voyant. Une femme serait toujours trop nue ou trop couverte, trop libre ou pas assez raisonnable.

Même hors des plages, nous tolérons assez facilement qu’un homme se promène torse nu, qu’il exhibe fièrement ses plaques de chocolat ou, plus prosaïquement, son ventre et ses bourrelets. Cela peut manquer d’élégance, mais personne ou presque n’y voit une provocation sexuelle. En revanche, dès qu’une femme laisse apparaître sa poitrine, porte une tenue jugée légère ou décide simplement de s’habiller comme elle l’entend, les regards changent et les jugements commencent.

Le torse masculin serait naturel ; le corps féminin serait nécessairement sexuel. Voilà le fond du problème.

Même une mère qui allaite son enfant dans l’espace public peut encore être regardée de travers, invitée à se couvrir ou à s’isoler, comme si nourrir son bébé était un acte obscène. Le corps féminin semble devoir rester sous surveillance permanente. Chacun se croit autorisé à commenter une tenue, à interpréter une intention et à décider de ce qui serait convenable.

Mais ce retour du puritanisme concerne également la liberté sexuelle.

Le témoignage publié par Marianne d’une participante aux soirées organisées par Z Machine doit être entendu. Cette femme explique, en adulte consciente de ses choix, que ces pratiques constituent pour elle une source d’épanouissement. Qui sommes-nous pour lui répondre qu’elle devrait être protégée contre elle-même ?

Il faut évidemment vérifier que le consentement demeure libre, éclairé et révocable, et sanctionner sans faiblesse toute violence, toute contrainte ou toute exploitation. Mais protéger le consentement ne signifie pas décider à la place des adultes de ce qu’ils ont le droit de désirer.

Chacun est libre de ne pas tout aimer, de ne pas tout comprendre et même de ne pas tout approuver. Moi le premier, certaines pratiques ne correspondent ni à mes goûts ni à ma conception de la sexualité. Mais mes goûts ne sont pas la loi. Ce que je ne ferais pas personnellement n’a pas nécessairement vocation à être interdit aux autres.

Tant qu’il n’existe ni violence, ni contrainte, ni victime, l’État n’a pas à pénétrer dans les chambres pour imposer une morale officielle. Son rôle est de protéger les personnes et de poursuivre les abus, pas de devenir le directeur de conscience des Français.

Brigitte Lahaie a donc raison : derrière ce retour du puritanisme, ce sont très souvent la liberté, le corps et la sexualité des femmes qui sont visés. À force de prétendre les protéger contre tout, y compris contre leurs propres choix, on finit par leur retirer leur liberté.

Laissons les femmes choisir leurs tenues, disposer de leur corps et vivre leur intimité. La liberté des autres ne nous oblige pas à partager leurs pratiques ; elle nous oblige simplement à ne pas leur imposer les nôtres.

Non au retour de l’ordre moral. Non au puritanisme. Oui à la liberté responsable entre adultes consentants.