La polémique autour de l’aumônier du 3e RPIMa à Carcassonne est révélatrice d’une époque où il devient parfois plus facile de coller une étiquette que d’écouter réellement un propos.
La phrase qui a déclenché les réactions est connue : « Calmez-vous, les gauchistes ! Chut, respirez par le nez ! »
On peut discuter cette formule. On peut considérer qu’un aumônier militaire, compte tenu de sa fonction particulière, aurait pu employer d’autres mots, c’est un débat légitime mais de là à transformer immédiatement cette séquence en « sermon digne de Zemmour », il y a un pas qui relève davantage du commentaire politique que de l’analyse.
Que dit réellement cet aumônier ? Il parle de soldats morts pour une certaine idée de la France. Il parle de transmission, de culture, de liberté, d’égalité, de fraternité et de ce qui constitue une société. Lorsqu’il affirme que « d’autres prendront notre place », une interprétation possible n’est pas celle d’un remplacement des populations mais celle d’un remplacement des valeurs. Le propos semble viser la crainte de voir disparaître certains repères, certains principes et une certaine conception de la France au profit d’une autre vision de la société.
On peut partager ou contester cette analyse mais réduire automatiquement toute réflexion sur la transmission, l’identité collective ou l’évolution culturelle d’une nation à la théorie du « grand remplacement » est un raccourci.
Oui, Éric Zemmour a largement popularisé cette expression dans le débat politique. Oui, elle est associée à une lecture précise des évolutions démographiques et culturelles mais toute interrogation sur la continuité historique d’un pays ne se résume pas automatiquement à cette théorie. Toutes les nations se posent une question essentielle : comment transmettre ce qu’elles ont reçu ? Comment faire vivre une histoire commune ? Comment maintenir un lien entre les générations ?
C’est d’ailleurs là que se situe le véritable débat, celui de deux visions de la France. D’un côté, une conception fondée sur la continuité historique, le devoir, l’héritage, l’assimilation et la transmission. De l’autre, une vision qui insiste davantage sur la transformation permanente de la société et la remise en question de certains héritages.
Ce débat existe. Il est politique, philosophique et culturel. Il mérite mieux que des caricatures.
Reste également une question de cohérence. L’indignation doit-elle être la même pour tous ?Quand certains responsables politiques parlent de « révolution », expliquent que la police « tue » ou entretiennent une défiance permanente envers les institutions de la République, ces propos sont souvent replacés dans le cadre du débat démocratique. Mais lorsqu’une autre sensibilité critique une partie de la gauche militante, certains y voient immédiatement une dérive idéologique. La même exigence doit pourtant s’appliquer à tous.
L’armée est une institution de la Nation, elle doit rester un lieu de cohésion entre Français de toutes sensibilités. Les responsables qui y exercent une mission particulière doivent naturellement respecter cette exigence.
Mais la République ne peut pas fonctionner avec une indignation à géométrie variable. Avant de juger un homme sur une étiquette, encore faut-il écouter ce qu’il dit réellement.