Notre pays crève des individualités. Il est temps de retrouver le sens de la solidarité.

Publié le 17 septembre 2026 à 16:00

J’entendais un représentant des pêcheurs demander des mesures de long terme face au prix du carburant, avec notamment l’idée d’un gazole à 80 centimes le litre et je comprends cette demande. Pour un pêcheur, le carburant n’est pas une dépense accessoire car il conditionne directement son activité. Mais pourquoi uniquement les pêcheurs ?

Pourquoi ce qui serait légitime pour celui qui prend la mer ne le serait-il pas pour l’agriculteur qui utilise son tracteur, le transporteur dont le camion est l’outil de travail, l’artisan qui dépend de son utilitaire ou les entreprises du bâtiment et des travaux publics ? Depuis trop longtemps, chaque profession mène son combat dans son coin. Les agriculteurs manifestent et appellent à la solidarité. Puis viennent les transporteurs. Puis les pêcheurs. Demain, ce seront d’autres. Il faut sortir de cette logique.

Je n’ai pas peur d’employer l’expression « nous avons besoin d’une convergence des luttes du monde du travail et de la production ». Non pas une convergence idéologique, mais celle de tous ceux qui cultivent, pêchent, transportent, bâtissent, réparent et produisent. C’est pourquoi, plutôt que d’additionner les aides catégorielles, nous devons poser un principe commun :

jamais plus de 1 euro le litre pour le carburant constituant directement un outil de travail.

Agriculteurs, pêcheurs, transporteurs, artisans, professionnels du bâtiment et des travaux publics doivent pouvoir bénéficier d’un véritable « carburant professionnel », dans la limite des volumes réellement nécessaires à leur activité et avec des contrôles permettant d’exclure les usages privés et les fraudes. Il ne s’agit pas de subventionner sans limite la consommation de carburant. Il s’agit d’empêcher qu’un professionnel soit contraint de cesser son activité simplement parce qu’il ne peut plus remplir son réservoir.

Cette question concerne également les particuliers, mais elle appelle une réponse différente. Dans une grande partie de la France, la voiture reste indispensable pour aller travailler, se soigner, accompagner ses enfants ou simplement accéder aux services essentiels. Pour eux, je propose le retour d’une « fiscalité flottante sur les carburants » lorsque les cours du pétrole flambent, la fiscalité diminue afin d’amortir la hausse à la pompe ; lorsqu’ils redescendent, elle revient progressivement à son niveau normal.

Nous aurions ainsi deux réponses adaptées à deux réalités différentes « un plafond pour ceux dont le carburant constitue directement l’outil de travail et une fiscalité flottante pour protéger le pouvoir d’achat des ménages ».

Mais nous devons également regarder plus loin, notre objectif ne peut pas être de consacrer toujours davantage d’argent public à rendre éternellement les hydrocarbures supportables.

« La véritable ambition doit être d’en avoir progressivement moins besoin. »

Cela suppose d’investir dans les nouvelles générations de batteries, les véhicules plus sobres, les biocarburants, l’hydrogène là où il est pertinent, le ferroviaire, le fret et le transport fluvial, mais aussi dans toutes les technologies capables de réduire notre dépendance au pétrole. Cela suppose également de repenser notre aménagement du territoire. Quand les emplois, les commerces, les médecins et les services publics sont concentrés toujours plus loin des lieux de vie, nous créons nous-mêmes de la dépendance automobile. Réduire notre consommation d’hydrocarbures, c’est donc aussi rapprocher les activités des habitants et reconquérir nos territoires.

Et cette politique pose inévitablement la question de notre liberté de décision. Nous devons pouvoir déterminer nous-mêmes la fiscalité applicable à ceux qui travaillent, choisir les aides que nous voulons leur apporter et conduire notre politique énergétique en fonction de nos intérêts. Le cadre européen actuel encadre une partie de ces décisions. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles la question de l’avenir de la France dans l’Union européenne devra être tranchée démocratiquement. Mais retrouver notre souveraineté ne consiste pas seulement à retrouver la liberté de fixer nos taxes.

« La souveraineté véritable, c’est également ne plus dépendre autant d’une énergie que nous devons acheter à l’extérieur. »

Notre politique doit donc tenir sur deux jambes :

protéger aujourd’hui et transformer demain.

Protéger ceux qui travaillent,
protéger le pouvoir d’achat des Français et parallèlement construire une France beaucoup moins dépendante des hydrocarbures. La transition énergétique ne doit pas être punitive, elle doit proposer les alternatives avant d’imposer les contraintes.

Voilà le chemin  « solidarité entre ceux qui travaillent, protection des Français et indépendance énergétique retrouvée ».