Après le SCAF, c'est donc au tour du MGCS de rejoindre le cimetière des grandes ambitions militaires franco-allemandes !
Le général Fabien Mandon, chef d'état-major des armées, vient d'annoncer que l'Allemagne avait décidé de quitter le programme de char de combat du futur, destiné à remplacer nos Leclerc et les Leopard allemands. Une nouvelle déconvenue qui devrait enfin conduire nos dirigeants à s'interroger sur la pertinence de certaines coopérations industrielles franco-allemandes.
La France doit maintenant reprendre l'initiative et engager le développement d'une nouvelle génération de blindés sous maîtrise d'œuvre nationale car nous en avons les compétences !
Avec KNDS France, héritier de Nexter et de GIAT Industries mais également Thales, Safran et tout un tissu de PME industrielles, notre pays possède encore une grande partie des savoir-faire nécessaires pour concevoir et produire son futur char de combat. Certes, certaines capacités devront être reconstituées, notamment dans les domaines de la motorisation, des transmissions et de la production industrielle. Mais cela doit précisément constituer l'un des objectifs d'un grand programme national.
Et surtout, je pense que nous devons dépasser la seule réflexion sur le remplacement du Leclerc. Pourquoi ne pas profiter de cette occasion pour développer une véritable famille française de blindés de nouvelle génération, reposant sur une architecture commune, modulaire et évolutive ? L'idée serait de concevoir une plateforme lourde chenillée dont les principaux éléments — motorisation, transmission, train de roulement, équipements électroniques et systèmes de protection — pourraient être mutualisés et adaptés à plusieurs véhicules.
À partir de cette base industrielle et technologique, nous pourrions développer :
- Un char de combat principal, successeur du Leclerc, intégrant notamment les technologies du canon ASCALON.
- Un véhicule de combat d'infanterie lourd, capable d'accompagner les chars dans les engagements de haute intensité.
- Un blindé du génie, destiné à l'ouverture d'itinéraires, au franchissement et aux opérations d'appui.
- Un véhicule de dépannage et de récupération, indispensable au soutien des unités blindées.
- Un système de défense antiaérienne rapprochée, notamment contre les drones et les munitions rôdeuses.
- Un véhicule de commandement et de coordination, permettant de conduire le combat collaboratif et l'emploi de systèmes robotisés.
Il ne s'agirait évidemment pas de construire six véhicules identiques, mais de mutualiser au maximum les composants, les technologies, la maintenance et les chaînes de production, tout en adaptant chaque engin à sa mission. Cette logique pourrait également être déclinée sur une plateforme plus légère, lorsque les exigences de mobilité et de protection le justifient. Les avantages seraient considérables.
D'abord sur le plan industriel, avec une meilleure rationalisation des investissements, des commandes plus importantes de composants communs et une visibilité à long terme pour nos entreprises. Ensuite sur le plan opérationnel, avec une simplification de la formation des mécaniciens, de la logistique, de l'approvisionnement en pièces détachées et du maintien en condition opérationnelle. Enfin sur le plan économique, avec la possibilité de proposer à l'exportation non pas simplement un char, mais une véritable famille cohérente de véhicules blindés.
Il faudrait naturellement veiller à ce que la recherche de standardisation ne se fasse jamais au détriment des qualités militaires propres à chaque engin.
La modularité doit être un facteur d'efficacité, pas une contrainte imposée aux militaires.
Les enseignements de la guerre en Ukraine doivent également être pris en compte dès la conception. Protection contre les drones, défense active, guerre électronique, capacité de réparation rapide, adaptation des blindages et coopération avec des systèmes terrestres robotisés. Nous devons concevoir les véhicules des combats de demain, pas simplement reproduire ceux d'hier.
Une telle ambition suppose évidemment des investissements importants et une programmation sur plusieurs décennies mais elle permettrait de reconstruire une filière industrielle complète, de préserver nos compétences et de garantir à nos armées une véritable liberté d'évolution de leurs matériels. Elle n'interdirait nullement les coopérations internationales. D'autres nations pourraient participer au programme, acquérir certains modèles ou contribuer à des développements spécifiques. Mais la conception, la maîtrise des technologies essentielles et les décisions d'évolution doivent rester françaises.
Ce nouveau revers du MGCS peut finalement devenir une occasion de repenser notre industrie terrestre de défense. Plutôt que de multiplier les programmes isolés, les compromis industriels et les dépendances croisées, construisons une véritable stratégie nationale des blindés, fondée sur une famille de véhicules complémentaires, des technologies communes et une production pérenne. Nous avons conçu le Leclerc, qui demeure une référence technologique. Nous devons être capables de préparer sa succession et, au-delà, celle de toute une génération de blindés.
L'Allemagne a choisi de suivre sa propre voie. Prenons-en acte et traçons la nôtre !
Il ne s'agit pas de refuser les partenariats, mais de retrouver la maîtrise de notre avenir industriel et militaire.
Car la souveraineté ne consiste pas à vouloir tout fabriquer seul, mais à ne jamais être empêché d'agir parce qu'un autre a décidé de ne plus avancer avec nous.