J'ai lu avec intérêt l'article de Frédéric de Natal, publié dans Politique Magazine, consacré au retour de l'idée monarchique dans le débat public.
Que Jean et Eudes d'Orléans souhaitent participer à la réflexion sur nos institutions est parfaitement légitime. Que l'on s'interroge sur la continuité de l'État, l'autorité présidentielle ou la nécessité de dépasser les divisions partisanes est même salutaire mais pourquoi faudrait-il nécessairement chercher dans l'hérédité ce que nous devrions trouver dans la souveraineté populaire ?
Je ne conteste nullement l'apport des Capétiens à notre histoire nationale mais je refuse simplement de considérer que cet héritage historique conférerait à leurs descendants une légitimité particulière pour gouverner ou représenter politiquement la France. D'ailleurs, notre histoire est suffisamment riche en crises dynastiques, en conflits de succession et en affrontements entre branches royales pour relativiser l'idée selon laquelle la monarchie serait, par nature, une garantie de stabilité et d'unité nationale. Et l'on pourrait rappeler que les Orléans eux-mêmes ne sont pas arrivés au pouvoir en 1830 par une succession dynastique ordinaire.
Notre histoire ne s'est pas arrêtée en 1789, pas davantage en 1830 ou en 1848. Elle a connu deux Empires, plusieurs Républiques et, surtout, l'affirmation progressive d'un principe auquel je suis profondément attaché celui qui affirme que la Nation appartient aux Français, et que c'est à eux seuls qu'il revient de choisir celui qui doit la représenter.
Napoléon III avait parfaitement compris que la légitimité du pouvoir ne pouvait plus reposer sur le seul principe dynastique mais devait procéder de la volonté nationale. En faisant du suffrage universel et de la consultation populaire les fondements de sa légitimité, il inscrivait le bonapartisme dans une conception moderne de la souveraineté, où le peuple n'était plus seulement gouverné mais appelé à se prononcer sur son destin. Un siècle plus tard, le général de Gaulle allait, dans un contexte institutionnel différent, renouer avec cette exigence de légitimité populaire en donnant à l'élection présidentielle au suffrage universel direct une place fondamentale dans nos institutions. Et c'est bien là que réside, selon moi, toute la contradiction de cette proposition monarchique, dans le fait de vouloir rétablir une autorité au-dessus des partis en la plaçant, finalement, au-dessus du choix des Français.
Je partage pourtant une préoccupation exprimée dans cet article, celle que la France souffre de l'affaiblissement de l'autorité de l'État, du manque de continuité de l'action publique et de la transformation de la fonction présidentielle en exercice permanent de communication politique mais, pour moi, la solution ne consiste pas à retirer au peuple le choix de son chef d'État. Elle consiste à redonner à cette fonction sa hauteur, sa dignité et son indépendance à l'égard des partis.
La Ve République possède déjà, dans son architecture originelle, les instruments nécessaires pour assurer la continuité de l'État et permettre au président d'incarner la Nation. Le véritable problème est-il donc la nature républicaine de nos institutions ou la manière dont leurs titulaires les ont progressivement dénaturées ?
C'est notamment pourquoi je défends le retour au septennat, une revalorisation du référendum et une présidence pleinement consciente de sa mission d'arbitrage national car l'autorité ne naît pas d'une couronne, pas davantage que la légitimité ne se transmet nécessairement par le sang. L'une se construit par l'exercice juste du pouvoir, l'autre repose sur la confiance de la Nation.
Enfin, il est une chose qui distingue fondamentalement le bonapartisme de la pensée légitimiste ou orléaniste, celle qui fait que nous ne considérons pas le peuple comme un élément que l'on associe au fonctionnement des institutions. Nous le considérons comme la source même de leur légitimité.
Et puisque nous parlons de monarchie, de dynasties et de légitimité, je rappellerai cette formule attribuée à Paul de Cassagnac, qui résume admirablement ma conception du bonapartisme « Nous servons les principes et non les princes. » Tout est dit !
Être bonapartiste ne signifie pas attendre le retour providentiel d'un Bonaparte sur le trône de France. Cela signifie défendre des principes, une certaine conception de l'État, de la Nation, de l'autorité, du progrès social et, par-dessus tout, de la souveraineté populaire.
Mon bonapartisme n'est pas une nostalgie dynastique, il est une doctrine politique vivante, tournée vers l'avenir, qui entend réconcilier l'autorité de l'État avec la souveraineté du peuple, l'ordre avec le progrès, la grandeur nationale avec la justice sociale et c'est précisément pour cette raison que je refuse de réduire le bonapartisme à la fidélité envers une famille, aussi illustre soit-elle.
Les hommes passent, les dynasties aussi. Les principes, lorsqu'ils sont justes, leur survivent.
Que les princes d'Orléans prennent part au débat public, c'est leur droit le plus absolu. Qu'ils apportent leur contribution à la réflexion sur l'avenir de notre pays, c'est parfaitement respectable mais il n'est nul besoin de rétablir une couronne pour restaurer l'autorité de l'État.
Car, pour ma part, je préférerai toujours un chef d'État qui doit sa légitimité au peuple français plutôt qu'à son arbre généalogique.
La France n'a pas besoin de retrouver un roi. Elle a besoin de retrouver sa souveraineté.