Le bonapartisme n'est pas le macronisme ! Et nos lycéens ne sont pas votre chair à révolution !

Publié le 14 octobre 2026 à 06:00

À lire le dernier éditorial de Révolution Permanente, intitulé « Une brèche face au bonapartisme de Macron », je me dis que certains feraient bien d'ouvrir quelques livres d'histoire avant de prétendre donner des leçons de politique car caricaturer le bonapartisme en de  l'autoritarisme, de la répression policière et à de la défense des intérêts de la bourgeoisie, c'est faire preuve d'une lecture particulièrement réductrice de notre histoire politique.

Le bonapartisme, c'est d'abord la souveraineté nationale et populaire, le progrès économique et social, le dépassement de la lutte des classes et la recherche de l'unité nationale. C'est aussi une certaine conception de l'État et de son autorité car oui, dans le bonapartisme que je défends, il y a de l'autorité, mais certainement pas de l'autoritarisme ! Il y a le respect de la loi, mais pas l'arbitraire. Il y a la nécessité de maintenir l'ordre public, mais pas la volonté de réprimer ceux qui expriment pacifiquement leurs désaccords.

L'autorité ne doit pas être une fin en soi. Elle doit garantir les libertés, protéger les citoyens et assurer la cohésion nationale. L'autorité sans justice devient oppression. Mais la liberté sans autorité finit par devenir la loi du plus fort. Voilà ce que certains idéologues semblent incapables de comprendre.

Et puisqu'ils aiment tant les références à Marx et à la lutte des classes, permettez-moi de leur rappeler quelques éléments historiques.

En 1852, Pierre-Joseph Proudhon, l'une des grandes figures du socialisme français, publiait La Révolution sociale démontrée par le coup d'État du 2 décembre. Dans cet ouvrage, Proudhon envisageait que Louis-Napoléon Bonaparte puisse devenir l'instrument d'une transformation sociale. Une position qui lui valut les critiques de Karl Marx, lequel lui reprocha, dans sa préface de 1869 au 18 Brumaire de Louis Bonaparte, d'aboutir à une apologie historique du héros du coup d'État. Proudhon était-il pour autant bonapartiste ? Non. Mais il est intéressant de constater que certains socialistes de l'époque pouvaient envisager dans le bonapartisme une possibilité de transformation sociale, au grand déplaisir de Marx !

D'ailleurs, les révolutionnaires d'aujourd'hui devraient également relire les écrits de Napoléon III, notamment De l'extinction du paupérisme. Ils pourraient aussi s'intéresser aux avancées sociales du Second Empire, à la reconnaissance du droit de grève en 1864, au développement de l'instruction sous Victor Duruy ou encore à la volonté impériale de favoriser le progrès économique au bénéfice de la Nation.

Quant à Emmanuel Macron, je cherche encore ce qui ferait de lui un héritier du bonapartisme social !

Mais finalement, le plus préoccupant dans cet éditorial n'est pas cette caricature historique, c'est la conception que ses auteurs se font de la jeunesse française et de son rôle dans la société.

Sous couvert de défendre les lycéens, leurs conditions d'études et leur avenir, Révolution Permanente expose une stratégie politique qui dépasse très largement les préoccupations scolaires. Il est question de convergence des luttes, de paralysie de la production et des transports, d'expropriation de Total sous contrôle des travailleurs et, finalement, de grève générale susceptible de remettre en cause l'ensemble de l'ordre social. Nous voilà bien loin des préoccupations quotidiennes des lycéens !

Ces organisations ne cachent d'ailleurs pas leurs ambitions. La jeunesse est appelée à devenir l'un des moteurs d'une confrontation révolutionnaire avec les institutions et l'ordre économique et c'est précisément là que se situe, à mes yeux, le danger pour la collectivité.

Non pas dans le droit de manifester, de contester ou de revendiquer, droits que je défendrai toujours mais dans cette volonté de transformer les inquiétudes légitimes d'une partie de notre jeunesse en carburant d'une révolution permanente. Il faut distinguer les lycéens qui manifestent pour obtenir de meilleures conditions d'études de ceux qui voudraient faire de leur mobilisation le point de départ d'un bouleversement révolutionnaire. Les premiers doivent être écoutés. Les seconds doivent assumer publiquement leurs objectifs politiques.

Je suis le premier à reconnaître que notre système éducatif connaît de profondes difficultés. Je suis également convaincu qu'une partie de notre jeunesse a été abandonnée par des responsables politiques incapables de lui transmettre les connaissances, les valeurs et les perspectives nécessaires à son intégration dans la communauté nationale. Depuis trop longtemps, nous avons laissé s'installer les inégalités scolaires, la baisse des exigences et, parfois, le sentiment que certains jeunes n'auraient aucun avenir mais ce constat appelle des réponses politiques, éducatives et sociales. Certainement pas une révolution permanente !

Nos lycéens ont besoin de professeurs, pas de commissaires politiques !

Ils ont besoin d'établissements qui fonctionnent, d'une instruction exigeante, d'une véritable égalité des chances et de perspectives professionnelles. Ils ont besoin que la Nation leur ouvre des portes, pas que des organisations révolutionnaires les entraînent dans une succession de blocages et de confrontations.

Et je voudrais rappeler à ces révolutionnaires professionnels une différence essentielle entre leur conception de la société et la nôtre. Là où ils veulent entretenir la lutte des classes, nous voulons leur association. Là où ils cultivent les oppositions, nous recherchons la Participation. Là où ils rêvent de renverser l'ordre social, nous voulons le transformer par le progrès, la justice et la souveraineté populaire.

Notre bonapartisme social n'est ni un conservatisme figé ni une révolution permanente. Non, il est une volonté de transformation de la société, associant le capital et le travail, les employeurs et les salariés, les droits et les devoirs, l'autorité et la liberté. Il ne s'agit pas de nier les conflits sociaux ni les injustices. Il s'agit de les résoudre autrement que par l'affrontement systématique entre les Français.

Voilà pourquoi je considère que les conceptions défendues par Révolution Permanente peuvent constituer une menace pour notre cohésion nationale lorsqu'elles privilégient la confrontation générale à la recherche de solutions concrètes. Notre pays souffre déjà suffisamment des divisions que certains s'emploient quotidiennement à entretenir. Nous n'avons pas besoin de nouveaux procureurs de la haine sociale, mais de responsables capables d'apaiser sans renoncer à la fermeté, d'écouter sans céder à la démagogie et de faire respecter la loi sans tomber dans l'arbitraire.

Le bonapartisme que je défends n'a jamais eu pour vocation d'opposer éternellement les Français les uns aux autres. Il entend au contraire les rassembler autour d'un destin commun, dans lequel le progrès social accompagne l'autorité juste de l'État et la souveraineté du Peuple.

Et pour terminer, j'aimerais rappeler une chose à ceux qui prétendent parler au nom de toute la jeunesse.

La jeunesse française ne leur appartient pas ! Elle n'appartient ni à Révolution Permanente, ni au Poing Levé, ni à aucun parti politique. Elle appartient à elle-même, et c'est à la Nation de lui donner les moyens de construire librement son avenir. La France n'a pas besoin d'une jeunesse sacrifiée sur l'autel de la révolution. Elle a besoin d'une jeunesse instruite, libre, responsable, consciente de ses droits comme de ses devoirs et fière de participer à son destin national car, finalement, toute la différence est là :

Ils veulent faire de notre jeunesse l'instrument de leur révolution. Nous voulons lui donner les moyens de construire la France de demain.