L'écologie ne doit être ni une religion ni un instrument de culpabilisation. Elle doit d'abord être une science, une responsabilité et une politique d'anticipation.
Le 7 octobre dernier, la Fondation de la Mer publiait un article particulièrement intéressant, intitulé « El Niño, tout comprendre sur ce phénomène qui change le climat mondial ». Un article que je vous invite à lire, car il rappelle une réalité que nous avons parfois tendance à oublier : les océans sont au cœur des grands équilibres climatiques de notre planète et lorsque ces équilibres se modifient, ce sont des populations entières, des économies, des agricultures et des écosystèmes qui peuvent en subir les conséquences.
Un phénomène naturel aux conséquences mondiales
El Niño n'est pas une invention contemporaine, pas davantage une conséquence directe et exclusive des activités humaines, c'est un phénomène climatique naturel, connu depuis longtemps, qui se manifeste généralement tous les deux à sept ans dans l'océan Pacifique équatorial. Lorsque les vents dominants s'affaiblissent, les eaux chaudes se redistribuent, les courants océaniques se modifient et les échanges entre l'océan et l'atmosphère se trouvent perturbés. Les conséquences peuvent être considérables : sécheresses en Australie, inondations en Amérique du Sud, perturbations des moussons asiatiques, bouleversements des ressources halieutiques et des productions agricoles.
Ce qui se produit à des milliers de kilomètres peut donc avoir des répercussions sur notre alimentation, sur les échanges commerciaux et sur les équilibres économiques mondiaux et à ce titre, l'épisode 2026-2027 mérite une attention particulière.
Début octobre, l'Organisation météorologique mondiale estimait que les températures de surface d'une région de référence du Pacifique équatorial pourraient présenter une anomalie d'environ +3,7 °C sur la période octobre-décembre 2026. Il s'agit bien d'une anomalie régionale de température océanique et non d'une augmentation équivalente de la température mondiale. Les prévisions restent naturellement soumises à des incertitudes. La NOAA américaine confirmait également, le 8 octobre, le renforcement d'El Niño et la possibilité d'un épisode d'une intensité historique. Ces informations doivent nous inciter à la vigilance, mais certainement pas à céder au catastrophisme.
Sortir des oppositions stériles sur le climat
Il est temps, à mon sens, de sortir d'un débat écologique trop souvent réduit à deux attitudes caricaturales avec d'un côté ceux qui voudraient expliquer chaque événement météorologique par les seules activités humaines et de l'autre ceux qui, parce que des phénomènes naturels existent, en déduisent que l'homme n'a aucune influence sur le climat. La réalité scientifique est autrement plus complexe.
El Niño est un phénomène naturel. Le réchauffement climatique d'origine humaine est également une réalité établie. Les deux peuvent se conjuguer et amplifier certaines conséquences climatiques.
En revanche, la question de savoir dans quelle mesure le réchauffement climatique modifie la fréquence et l'intensité d'El Niño demeure un sujet de recherche. Reconnaître ces réalités n'est pas contradictoire., c'est simplement faire preuve de rigueur. L'écologie devrait commencer par là : observer, comprendre, mesurer, anticiper et agir. Je crois davantage à une écologie fondée sur la recherche scientifique, l'innovation et la responsabilité qu'à une écologie de l'interdiction permanente ou de la culpabilisation collective.
La France est directement concernée
Nous oublions trop souvent que la France ne se limite pas à son territoire hexagonal. De la Polynésie française à la Nouvelle-Calédonie, de la Guyane à La Réunion, de la Guadeloupe à Mayotte, nos compatriotes vivent au contact direct des grands espaces océaniques et comme le rappelle également Météo-France, les conséquences d'El Niño peuvent être particulièrement sensibles dans plusieurs de ces territoires.
En Nouvelle-Calédonie, le phénomène peut accentuer les risques de sécheresse. En Polynésie française, il influence les précipitations et l'activité cyclonique. En Guyane, les déficits pluviométriques peuvent perturber l'approvisionnement en eau, les transports fluviaux et l'agriculture.
Il ne s'agit donc pas simplement d'une question environnementale, il s'agit de la sécurité de nos populations, de la préservation de nos ressources, de notre économie et, finalement, de notre souveraineté nationale. Une France qui prétend être une grande puissance maritime ne peut se contenter de subir les évolutions océaniques, elle doit se donner les moyens de les comprendre et d'en anticiper les conséquences.
Faire de la connaissance des océans une priorité nationale
C'est précisément l'un des objectifs que je souhaite développer dans notre projet « La France sur Mer ».
La France dispose de territoires répartis sur plusieurs océans, d'une communauté scientifique reconnue et d'un savoir-faire industriel et technologique qu'il convient de renforcer. Nous possédons notamment, avec l'Ifremer, Météo-France, le CNRS et nos organismes de recherche, des compétences considérables, encore faut-il leur donner une véritable ambition nationale et les moyens correspondants.
Je défends donc plusieurs orientations.
Premièrement, renforcer notre recherche océanographique. Nous devons améliorer notre connaissance des courants marins, des variations de température, des écosystèmes et des interactions entre océans et atmosphère.
Deuxièmement, développer nos capacités d'observation et d'anticipation. Satellites, bouées scientifiques, drones maritimes, modélisations numériques et intelligence artificielle doivent permettre de mieux prévoir les phénomènes susceptibles d'affecter nos territoires.
Troisièmement, protéger et valoriser nos ressources maritimes. Cela concerne la pêche, l'aquaculture, la biodiversité, mais également les perspectives offertes par les algues, les biocarburants marins, les énergies hydroliennes et houlomotrices.
Quatrièmement, faire de nos territoires ultramarins des acteurs majeurs de cette politique. Ils ne doivent plus être considérés comme des espaces périphériques, mais comme des territoires stratégiques, scientifiques et économiques essentiels à l'avenir de notre pays.
Enfin, nous devons mieux intégrer les évolutions climatiques mondiales à notre politique agricole et alimentaire car une sécheresse majeure en Asie, une perturbation des récoltes sud-américaines ou une modification des ressources halieutiques peuvent avoir des conséquences économiques bien au-delà des régions directement touchées. Anticiper ces risques participe également de notre souveraineté alimentaire.
Protéger les océans, c'est aussi défendre nos intérêts nationaux
La Fondation de la Mer insiste, à juste titre, sur la nécessité de renforcer la résistance des écosystèmes marins face aux perturbations climatiques. Lutter contre la pollution, préserver les récifs coralliens, protéger les mangroves, combattre la pêche illégale et restaurer les milieux dégradés ne sont pas des préoccupations secondaires, ce sont des actions concrètes dont les bénéfices sont à la fois environnementaux, économiques et humains.
Protéger le vivant et servir l'homme ne sont pas deux objectifs contradictoires. C'est même, à mes yeux, tout le sens d'une écologie constructive. Une écologie qui ne renonce ni au progrès, ni à l'industrie, ni à la recherche, ni à la croissance de nos capacités technologiques. Une écologie qui privilégie les solutions aux slogans.
Une certaine idée de la France maritime
L'article de la Fondation de la Mer nous invite finalement à réfléchir à une question bien plus large que celle d'El Niño. Quelle place voulons-nous donner aux océans dans l'avenir de notre pays ?
Pour ma part, je considère que la France doit retrouver une véritable ambition maritime. Une ambition qui ne se limite pas à notre Marine nationale, aussi indispensable soit-elle, mais qui englobe la recherche scientifique, l'industrie, les ressources énergétiques, l'alimentation, les transports, la protection des écosystèmes et le développement de nos territoires ultramarins. Notre pays possède des atouts considérables. À nous de ne pas les laisser inexploités.
Face aux phénomènes naturels, nous ne pourrons pas tout empêcher mais en revanche, nous pouvons apprendre à mieux les connaître, à mieux nous y préparer et à en limiter les conséquences humaines et économiques.
Voilà ce que doit être une politique écologique sérieuse : non pas prétendre commander à la nature, mais donner à la Nation les moyens de comprendre ses mécanismes, de s'y adapter et de protéger ses populations.
Et puisque la France est aussi une Nation maritime, faisons enfin de la mer et des océans l'un des grands piliers de notre souveraineté.
La France ne doit pas simplement regarder vers la mer. Elle doit aussi penser son avenir par la mer.