IL N’EXISTE PAS UNE JEUNESSE FRANÇAISE, MAIS DES JEUNESSES FRANÇAISES

Publié le 30 octobre 2026 à 08:45

Depuis des années, les responsables politiques parlent de « la jeunesse » comme s’il s’agissait d’un groupe uniforme, auquel il suffirait de promettre quelques aides, de nouveaux dispositifs ou un énième plan pour résoudre les difficultés. Mais de quelle jeunesse parlons-nous exactement ?

De celle des quartiers populaires, qui peut se heurter à des obstacles d’accès à la formation ou à l’emploi ? De celle de nos campagnes, parfois éloignée des services, des transports et des lieux d’études ? De celle de nos petites villes, qui voit disparaître des activités et des perspectives ? De celle de nos territoires ultramarins, confrontée à des contraintes particulières ?

Il existe des jeunesses françaises, au pluriel. Elles n’ont ni le même quotidien, ni les mêmes difficultés, ni nécessairement les mêmes aspirations pourtant, toutes ont besoin d’une école qui instruit, de perspectives professionnelles réelles, de mobilité et d’une place reconnue dans la communauté nationale.

Le débat public enferme trop souvent ces jeunes dans des caricatures. Les jeunes des quartiers seraient uniquement un problème de sécurité ; les jeunes ruraux seraient condamnés à se débrouiller seuls ; les autres n’apparaîtraient qu’au moment d’une campagne électorale. Pendant ce temps, des milliers de jeunes étudient, travaillent, entreprennent, s’engagent et veulent simplement pouvoir bâtir leur avenir. Il faut en finir avec les réponses uniformes et l’empilement des structures. Une politique nationale sérieuse doit fixer des principes communs tout en adaptant ses moyens aux territoires.

D’abord, instruire. La maîtrise de la lecture, de l’écriture, du calcul et du français doit redevenir une exigence réelle. Nous devons sortir de l’orientation subie et redonner tout leur prestige aux métiers manuels, techniques, agricoles et industriels. Réussir sa vie ne signifie pas nécessairement suivre de longues études.

Ensuite, permettre de travailler. À chaque jeune sorti de l’école sans emploi ni formation, l’État doit pouvoir proposer rapidement une solution concrète : apprentissage, qualification, immersion ou accompagnement vers l’embauche. Les aides ne doivent plus être jugées au nombre de dossiers traités, mais aux résultats obtenus.

Il faut aussi briser l’assignation territoriale. On ne peut pas demander à un jeune de travailler s’il ne peut rejoindre son employeur, ni lui parler d’autonomie lorsqu’il ne peut se loger. Mobilité et logement doivent donc devenir des priorités, aussi bien dans les campagnes que dans les quartiers urbains.

Dans les quartiers populaires, il faut ajouter un objectif d’assimilation et de cohésion. La maîtrise du français est un instrument décisif de réussite et d’appartenance à la Nation. Une meilleure répartition des élèves nécessitant un accompagnement linguistique intensif mérite d’être expérimentée, sans jamais confondre niveau de langue et nationalité, ni refuser à un enfant le droit d’être scolarisé. Les parents doivent également pouvoir apprendre le français dans des conditions accessibles. Cette exigence s’inscrit dans une réflexion plus vaste sur la politique migratoire et la capacité d’intégration de notre pays. Mais elle ne peut servir de prétexte à pénaliser les enfants pour la situation de leur famille.

Enfin, recréer du commun. La jeunesse des quartiers et celle des campagnes se connaissent parfois très mal. Le sport, la culture, l’engagement associatif, le service volontaire et les échanges entre territoires peuvent retisser des liens. Une Nation ne se construit pas uniquement autour des droits ; elle se construit aussi autour de devoirs, d’une histoire partagée et de la volonté de faire ensemble.

Je ne propose ni une République qui excuse tout ni une République qui soupçonne tout le monde, je défends une République capable d’accompagner sans assister, d’exiger sans exclure et de reconnaître le mérite sans fermer les yeux sur les inégalités de départ.

La véritable question n’est pas de savoir ce que nous allons faire de nos jeunesses, elle est de savoir quelle France nous voulons leur transmettre et quelle place nous sommes prêts à leur donner dans sa construction.